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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

"Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts", par Bernard de Fontenelle de l'Académie française, a connu de nombreuses rééditions depuis sa première publication en 1686.

La "Nouvelle édition" présentée ci-dessous date de 1821, elle fut publiée chez J. Bossange et Tenon, Libraires (Paris).

Elle contient une carte (double page) différente de celle disponible sur Gallica :

(Version 1821)

(Version disponible sur Gallica, datée de 1686)

Cette édition regroupe "Entretiens sur la pluralité des mondes" et "Dialogues des Morts".

"Entretiens sur la pluralité des mondes" est composé de :

Préface

A Monsieur L***.

Premier soir - Que la Terre est une Planète qui tourne sur elle-même, et autour du Soleil.

Second soir - Que la Lune est une Terre habitée.

Troisième soir - Particularités du Monde de la Lune. Que les autres Planètes sont habitées aussi.

Quatrième soir - Particularités des Mondes de Venus, de Mercure, de Mars, de Jupiter et de Saturne.

Cinquième soir - Que les Étoiles fixes sont autant de Soleils, dont chacun éclaire un monde.

Sixième soir - Nouvelles pensées qui confirment celles des Entretiens précédents. Dernières découvertes qui ont été faites dans le Ciel.

Voici la préface de cette édition, dans son intégralité [orthographe d'origine] :

Je suis à peu près dans le même cas où se trouva Cicéron, lorsqu'il entreprit de mettre en sa langue des matières de philosophie, qui jusques-là n'avaient été traitées qu'en grec. Il nous apprend qu'on disait que ses ouvrages seraient fort inutiles, parce que ceux qui aiment la philosophie, s'étant bien donné la peine de la chercher dans les livres grecs, négligeraient après cela de la voir dans des livres latins qui ne seraient pas originaux ; et que ceux qui n'avaient pas de goût pour la philosophie, ne se souciaient de la voir ni en latin, ni en grec.

A cela il répond qu'il arriverait tout le contraire ; que ceux qui n'étaient pas philosophes, seraient tentés de le devenir par la facilité de lire les livres latins, et que ceux qui l'étaient déjà par la lecture des livres grecs, seraient bien aises de voir comment ces choses-là avaient été maniées en latin.

Cicéron avait raison de parler ainsi. L'excellence de son génie, et la grande réputation qu'il avait déjà acquise, lui garantissaient le succès de cette nouvelle sorte d'ouvrage qu'il donnait au public ; mais moi, je suis bien éloigné d'avoir les mêmes sujets de confiance dans une entreprise presque pareille à la sienne. J'ai voulu traiter la philosophie d'une manière qui ne fût point philosophique ; j'ai tâché de l'amener à un point où elle ne fût ni trop sèche pour les gens du monde, ni trop badine pour les savans. Mais on me dit à peu près comme à Cicéron, qu'un pareil ouvrage n'est propre ni aux savans qui n'y peuvent rien apprendre, ni aux gens du monde qui n'auront point d'envie d'y rien apprendre ; je n'ai garde de répondre ce qu'il répondit. Il se peut bien faire qu'en cherchant un milieu où la philosophie convînt à tout le monde, j'en aie trouvé un où elle ne convienne à personne : les milieux sont trop difficiles à tenir, et je ne crois pas qu'il me prenne envie de me mettre une seconde fois dans la même peine.

Je dois avertir ceux qui liront ce livre, et qui ont quelque connaissance de la physique, que je n'ai point du tout prétendu les instruire, mais seulement les divertir en leur présentant, d'une manière un peu plus agréable et plus égayée, ce qu'ils savent déjà plus solidement. J'avertis ceux à qui ces matières sont nouvelles, que j'ai cru pouvoir les instruire et les divertir tout ensemble. Les premiers iront contre mon intention, s'ils cherchent ici de l'utilité ; et les seconds, s'ils n'y cherchent que de l'agrément.

Je ne m'amuserai point à dire que j'ai choisi dans toute la philosophie la matière la plus capable de piquer la curiosité. Il semble que rien ne devrait nous intéresser davantage, que de savoir comment est fait ce monde que nous habitons  s'il y a d'autres mondes semblables , et qui soient habités aussi ; mais, après tout, s'inquiète de tout cela qui veut. Ceux qui ont des pensées à perdre, les peuvent perdre sur ces sortes de sujets ; mais tout le monde n'est pas en état de faire cette dépense inutile.

J'ai mis dans ces entretiens une femme que l'on instruit, et qui n'a jamais ouï parler de ces choses-là. J'ai cru que cette fiction me servirait à rendre l'ouvrage plus susceptible d'agrément, et à encourager les dames par l'exemple d'une femme, qui, ne sortant jamais des bornes d'une personne qui n'a nulle teinture de science , ne laisse pas d'entendre ce qu'on lui dit, et de ranger dans sa tête, sans confusion, les tourbillons et les mondes. Pourquoi des femmes céderaient-elles à cette marquise imaginaire, qui ne conçoit que ce qu'elle ne peut se dispenser de concevoir ?

A la vérité, elle s'applique un peu ; mais qu'est-ce ici que s'appliquer ? Ce n'est pas pénétrer à force de méditation une chose obscure d'elle-même, ou expliquée obscurément ; c'est seulement ne point lire sans se représenter nettement ce qu'on lit. Je ne demande aux dames, pour tout ce système de philosophie, que la même application qu'il faut donner à la Princesse de Clèves, si on veut en suivre bien l'intrigue, et en connaître toute la beauté. Il est vrai que les idées de ce livre-ci sont moins famlières à la plupart des femmes, que celles de la Princesse de Clèves, mais elles n'en sont pas plus obscures, et je suis sûr qu'à une seconde lecture, tout au plus, il ne leur en sera rien échappé.

Comme je n'ai pas prétendu faire un système en l'air, et qui n'eût aucun fondement, j'ai employé de vrais raisonnements de physique, et j'en ai employé autant qu'il a été nécessaire. Mais il se trouve heureusement dans ce sujet, que les idées de physique y sont riantes d'elles-mêmes, et que dans le même temps qu'elles contentent la raison, elles donnent à l'imagination un spectacle qui lui plaît autant que s'il était fait exprès pour elle.

Quand j'ai trouvé quelques morceaux qui n'étaient pas tout-à-fait de cette espèce, je leur ai donné des ornemens étrangers. Virgile en a usé ainsi dans ses Géorgiques, où il sauve le fond de sa matière, qui est tout-à-fait sèche, par des digressions fréquentes et souvent fort agréables. Ovide même en a fait autant dans l'art d'aimer, quoique le fond de sa matière fût infiniment plus agréable que tout ce qu'il y pouvait mêler. Apparemment il a cru qu'il était ennuyeux de parler toujours d'une même, chose, fût-ce de préceptes de galanterie. Pour moi, qui avais plus besoin que lui du secours des digressions, je ne m'en suis pourtant servi qu'avec assez de ménagement. je les ai autorisées par la liberté naturelle de la conversation ; je ne les ai placées que dans les endroits où j'ai cru qu'on serait bien aise de les trouver ; j'en ai mis la plus grande partie dans les commencements de l'ouvrage, parce qu'alors l'esprit n'est pas encore assez accoutumé aux idées principales que je lui offre ; enfin je les ai prises dans mon sujet même, ou assez proche de mon sujet.

Je n'ai rien voulu imaginer sur les habitants des mondes, qui fût entièrement impossible et chimérique. J'ai tâché de dire tout ce qu'on en pouvait penser raisonnablement, et les visions mêmes que j'ai ajoutées à cela ont quelque fondement réel. Le vrai et le faux sont mêlés ici, mais ils y sont, toujours aisés à distinguer. Je n'entreprends point de justifier un composé si bizarre ; c'est là le point le plus important de cet ouvrage, et c'est cela justement dont je ne puis rendre raison.

Il ne me reste plus, dans cette Préface, qu'à parler à une sorte de personnes, mais ce seront peut-être les plus difficiles à contenter ; non que l'on n'ait à leur donner de fort bonnes raisons, mais parce qu'elles ont le privilège de ne se payer pas, si elles ne veulent, de toutes les raisons qui sont bonnes. Ce sont les gens scrupuleux, qui pourront s'imaginer qu'il y a du danger par rapport à la religion, à mettre des habitans ailleurs que sur la terre. Je respecte jusqu'aux délicatesses excessives que l'on a sur le fait de la religion, et celle-là même, je l'aurais respectée au point de ne la vouloir pas choquer dans cet ouvrage, si elle était contraire à mon sentiment ; mais ce qui va peut-être vous paraître surprenant, elle ne regarde pas seulement ce système, où je remplis d'habitans une infinité de mondes. Il ne faut que démêler une petite erreur d'imagination. Quand on vous dit que la lune est habitée, vous vous y représentez aussitôt des hommes faits comme nous ; et puis , si vous êtes un peu théologien, vous voilà plein de difficultés. La postérité d'Adam n'a pas pu s'étendre jusque dans la lune, ni envoyer des colonies dans ce pays-là. Les hommes qui sont dans la lune ne sont donc pas fils d'Adam. Or il serait embarrassant, dans la théologie, qu'il y eût des hommes qui ne descendissent pas de lui. Il n'est pas besoin d'en dire davantage, toutes les difficultés imaginables se réduisent à cela, et les termes qu'il faudrait employer dans une plus longue explication sont trop dignes de respect pour être mis dans un livre aussi peu grave que celui-ci. L'objection roule donc toute entière sur les hommes de la lune ; mais ce sont ceux qui la font à qui il plaît de mettre des hommes dans la lune. Moi, je n'y en mets point ; j'y mets des habitans qui ne sont point du tout des hommes. Que sont-ils donc ? Je ne les ai point vus, ce n'est pas pour les avoir vus que j'en parle ; et ne soupçonnez pas que ce soit une défaite dont je me serve pour éluder votre objection, que de dire qu'il n'y a point d'hommes dans la lune, vous verrez qu'il est impossible qu'il y en ait, selon l'idée que j'ai de la diversité infinie que la nature doit avoir mise dans ses ouvrages. Cette idée règne dans tout le livre, et elle ne peut être contestée d'aucun philosophe. Ainsi je crois que je n'entendrai faire cette objection qu'à ceux qui parleront de ces entretiens sans les avoir lus. Mais est-ce un sujet de me rassurer ? Non, c'en est un, au contraire, très légitime, de craindre que l'objection ne me soit faite de bien des endroits.

 

"Dialogues des Morts" est composé de :

A Lucien, aux Champs Elysiens (Epitre). [Note : il s'agit de Lucien de Samosate]

Dialogues des Morts anciens

Dialogue I - Alexandre, Phriné.

Dialogue II - Milon, Smindiride.

Dialogue III - Didon, Stratonice.

Dialogue IV - Anacréon, Aristote.

Dialogue V - Homère, Esope.

Dialogue VI - Athenais, Icasie.

Dialogues des Morts anciens avec des modernes

Dialogue I - Auguste, Pierre Aretin.

Dialogue II - Sapho, Laure.

Dialogue III - Socrate, Montaigne.

Dialogue IV - L'Empereur Adrien, Marguerite d'Autriche.

Dialogue V - Erasistrate, Hervé.

Dialogue VI - Bérénice, Cosme II de Médicis.

Dialogues des Morts modernes

Dialogue I - Anne de Bretagne, Marie d'Angleterre.

Dialogue II - Charles V, Erasme.

Dialogue III - Elisabeth d'Angleterre, le Duc d'Alençon.

Dialogue IV - Guillaume de Cabestan, Albert-Frédéric de Brandebourg.

Dialogue V - Agnès Sorel, Roxelane.

Dialogue VI - Jeanne 1re de Naples, Anselme.

Dialogues des Morts anciens

Dialogue I - Érostrate, Démétrius de Phalère.

Dialogue II - Callirhée, Pauline.

Dialogue III - Candaule, Gigès.

Dialogue IV - Hélène, Fulvie.

Dialogue V - Parmenisque, Théocrite de Chio.

Dialogue VI - Brutus, Faustine.

Dialogues des Morts anciens avec les modernes

Dialogue I - Sénèque, Scarron.

Dialogue II - Artémise, Raimond Lulle.

Dialogue III - Apicius, Galilée.

Dialogue IV - Platon, Marguerite d’Écosse.

Dialogue V - Straton, Raphaël d’Urbin.

Dialogue VI - Lucrèce, Barbe Plomberge.

Dialogues des Morts modernes

Dialogue I - Soliman, Juliette de Gonzague.

Dialogue II - Paracelse, Molière.

Dialogue III - Marie Stuart, David Riccio.

Dialogue IV - Le troisième faux Démétrius, Descartes.

Dialogue V - La duchesse de Valentinois, Anne de Boulen.

Dialogue VI - Fernand Cortez, Montezume.

Jugement de Pluton sur les deux parties des Nouveaux Dialogues des Morts.

A Monsieur L. M. D. S. A.

Jugement de Pluton sur les Dialogues des Morts.

Première partie.

Lettre des vivants aux Morts.

Seconde partie.

A Pluton - Requête des Morts désintéressés.

Voici l'Epitre de cette édition, dans son intégralité [orthographe d'origine] :

A Lucien,
Aux Champs Elysiens.

Illustre mort,

Il est bien juste qu'après avoir pris une idée qui vous appartient, je vous en rende quelque sorte d'hommage. L'auteur dont on a tiré le plus de secours dans un livre, est le vrai héros  de l'Epitre Dédicatoire ; c'est lui dont on peut publier les louanges avec sincérité, et qu'on doit choisir pour protecteur. Peut-être on trouvera que j'ai été bien hardi d'avoir osé travaillé sur votre plan ; mais il me semble que je l'eusse été encore davantage, si j'eusse travaillé sur un plan de mon imagination. J'ai quelque lieu d'espérer que le dessein qui est de vous, fera passer les choses qui sont de moi ; et j'ose vous dire que si par hasard mes Dialogues avaient un peu de succès, ils vous feraient plus d'honneur que les vôtres même ne vous en ont fait, puisqu'on verrait que cette idée est assez agréable pour n'avoir pas besoin d'être bien exécutée. J'ai fait tant de fond sur elle, que foi cru qu'une partie m'en pourrait suffire. J'ai supprimé Pluton, Caron, Cerbère, et tout ce qui est usé dans les enfers.

Que je suis fâché que vous ayez épuisé toutes ces belles matières de l'égalité des morts, du regret qu'ils ont à la vie, de la fausse fermeté que les philosophes affectent de faire paraître en mourant, du ridicule malheur de ces jeunes gens qui meurent avant les vieillards dont ils croient hériter, et à qui ils faisaient la cour ! Mais après tout, puisque vous aviez inventé ce dessein, il était raisonnable que vous en prissiez ce qu'il y avait de plus beau. Du moins j'ai tâché de vous imiter dans la fin que vous vous étiez proposée.

Tous vos dialogues renferment leur morale, et j'ai fait moraliser tous mes morts ; autrement ce n'eût pas été la peine de les faire parler. Des vivans auraient suffi pour dire des choses inutiles. De plus, il y a cela de commode, qu'on peut supposer que les morts sont gens de grande réflexion, tant à cause de leur expérience que de leur loisir, et on doit croire pour leur honneur qu'ils pensent un peu plus qu'on ne fait d'ordinaire pendant la vie. Ils raisonnent mieux que nous des choses d'ici-haut, parce qu'ils les regardent avec plus d'indifférence et plus de tranquillité ; et ils veulent bien en raisonner, parce qu'ils y prennent un reste d'intérêt.

Vous avez fait la plupart de leurs dialogues  si courts, qu'il paraît que vous n'avez pas cru qu'ils fassent de grands parleurs, et je suis entré aisément dans votre pensée. Comme les Morts ont bien de l'esprit, ils devraient voir bientôt le bout de toutes les matières. Je croirais même sans peine qu'ils devraient être assez éclairés pour convenir de tout les uns avec les autres, et par conséquent pour ne se parler jamais ; car il me semble qu'il n'appartient de disputer qu'à nous autres ignorans, qui ne découvrons pas la vérité ; de même qu'il n'appartient qu'à des aveugles qui ne voient pas le but où ils vont, de s'entre-heurter dans un chemin.

Mais on ne pourrait pas se persuader ici que les Morts, eussent changé de caractère, jusqu'au point de n'avoir plus de sentimens opposés. Quand on a une fois conçu dans le monde une opinion des gens, on n'en saurait revenir. Ainsi je me suis attaché à rendre les Morts reconnaissables, du moins ceux qui sont fort connus. Vous n'avez pas fait de difficulté d'en supposer quelques-uns, et peut-être aussi quelques-unes des aventures que vous leur attribuez ; mais je n'ai pas eu besoin de ce privilège. L'histoire me fournissait assez de véritables Morts et d'aventures véritables, pour me dispenser d'emprunter aucun secours de la fiction.

Vous ne serez pas surpris que les Morts parlent de ce qui s'est passé longtemps après eux, vous qui les voyez tous les jours s'entretenir des affaires les uns des autres. Je suis sûr qu'à l'heure qu'il est, vous connaissez la France par une infinité de rapports qu'on vous en a faits, et que vous savez qu'elle est aujourd'hui pour les lettres, ce que la Grèce était autrefois. Surtout votre illustre traducteur, qui vous a si bien fait parler notre langue, n'aura pas manqué de vous dire que Paris a eu pour vos ouvrages le même goût que Rome et Athènes avaient eu.

Heureux qui pourrait prendre votre style comme ce grand homme le prit, et attraper dans ses expressions cette simplicité fine et cet enjouement naïf, qui sont si propres pour le Dialogue ! Pour moi, je n'ai garde de prétendre à la gloire de vous avoir bien imité ; je ne veux que celle d'avoir bien su qu'on ne peut imiter un plus excellent modèle que vous.

 

En complément, voici la notice extraite de "L’Encyclopédie de l’utopie, de la science-fiction et des voyages extraordinaires" par Pierre Versins :

Bernard LE BOVIER DE FONTENELLE (1657-1757) nous intéresse à plus d'un titre. A 21 ans, il se faisait les dents sur l'allégorie dans un « Mercure Galant » de 1678 avec sa Description de l'Empire de la Poésie, ornée d'une carte géographique, écrite dans la tradition du Pays de Tendre mais avec un humour que l'on retrouvera dans toute sa carrière bien remplie. En 1686, nouveau coup de sonde dans l'allégorie, mais cette fois, l'enjeu est la religion : au mois de janvier, Pierre BAYLE publie dans ses « Nouvelles de la République des Lettres » l'Extrait d'une lettre écrite de Batavia dans les Indes Orientales, le 27 novembre 1684, contenue dans une Lettre de M. de Fontenelle, reçue à Rotterdam par M, Bânage. C'est ce petit texte connu depuis sous le titre de Relation de l'Ile de Bornéo, qui a été réédité dans les Œuvres diverses de BAYLE et, séparément, en 1807 avec une deuxième Lettre, d'Etienne-Gabriel PEIGNOT (1767-1849), poursuivant le jeu qui consistait en une satire des luttes de religions sous des noms supposés, Myseo (Moyse), Mreo (Rome), Eenegu (Genève).

Puis, c'est le coup d'éclat des Entretiens sur la pluralité des mondes (1686 en 5 Entretiens, 1687 avec un sixième). Sans être de la « science fiction » puisqu'il n'y a pas d'action dramatique, ce texte présente quelques notions de nature à nous importer, d'autant que l'Auteur « fait comme si » à plusieurs reprises et a eu une postérité nombreuse, avec BERNARDIN DE SAINT-PIERRE et FLAMMARION par exemple, sans oublier cet Henri FAVRE qui publia en 1821 Fontenelle et la Marquise de G*** dans les Mondes, ouvrage contenant les découvertes les plus intéressantes faites dans l'Astronomie, depuis les Entretiens sur la Pluralité des Mondes. Un alinéa de la Préface de FONTENELLE ne laisse aucun doute sur ses intentions : « Je n'ai rien voulu imaginer sur les habitants des mondes, qui fût entièrement impossible ou chimérique. j'ai tâché de dire tout ce qu'on en pouvait penser raisonnablement, et les visions mêmes que j'ai ajoutées à cela ont quelque fondement réel. » Une de ces « visions » ? « Que sait-on si les habitants de la Lune, incommodés par l'ardeur perpétuelle du Soleil, ne se réfugient point dans ces grands puits ? Ils n'habitent peut-être point ailleurs, c'est là qu'ils bâtissent leurs villes. Nous voyons ici que la Rome souterraine était presque aussi grande que la Rome qui était sur Terre. Il ne faudrait qu'ôter celle-ci, le reste serait une ville à la manière de la Lune. Tout un peuple est dans un puits, et d'un puits à l'autre il y a des chemins souterrains pour la communication des peuples » (Troisième Soir).

Enfin, nous citerons un Fragment de ce que M. de Fontenelle appelait sa République, publié en 1766 dans ses Œuvres au tome Ixe. On y trouve quelques articles d'un Code curieux, par exemple : « II. Un homme qui offrira de cultiver les terres d'un autre mieux qu'il ne les cultive y sera reçu, en payant au propriétaire le revenu qu'elles lui produisaient ». Ou encore, radical : « V. Il n'y aura ni Nobles ni roturiers. Tous les métiers seront également honorables. » On y découvre encore le service militaire obligatoire, le Musée Grévin ou Tussaud, le refus du principe de la dot, le divorce.

A noter que La République des Philosophes, ou Histoire des Ajaoiens, ouvrage posthume de Mr. de Fontenelle (1768) n'est pas de notre Auteur mais d'un anonyme resté inconnu.

 

A lire aussi :

Critique de "Entretiens sur la pluralité des mondes", de Bernard Le Bovier de Fontenelle, par Nébal : "Voilà donc un petit ouvrage curieux, important à sa manière un peu farfelue [...] une lecture intéressante et instructive, qui en dit long sur les mœurs d’une époque, et sur la « crise de la conscience européenne »."

Les ouvrages de Bernard de Fontenelle disponibles sur Gallica.

Les ouvrages de Bernard de Fontenelle disponibles sur archive.org.

Lecture de "Entretiens sur la pluralité des mondes" par Gustave. Livre audio gratuit sur www.litteratureaudio.com.

Bernard de Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts" (J. Bossange et Tenon - 1821)

Bernard de Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts" (J. Bossange et Tenon - 1821)

Bernard de Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts" (J. Bossange et Tenon - 1821)

Bernard de Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts" (J. Bossange et Tenon - 1821)

Bernard de Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts" (J. Bossange et Tenon - 1821)

Bernard de Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts" (J. Bossange et Tenon - 1821)

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