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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Fabrice Mundzik
Publié dans : #L'Anti-boche illustré, #Ram, #Guerre, #Experiences, #Sous-marin, #Rêve

"Le Conte du Sous-Marin", par P. Eschasseriaux, fut publié dans L'Anti-boche illustré n°33 du 2 octobre 1915.

Les illustrations sont signées Ram.

On sait que cette année, pour des raisons d'ordre général et particulier, le parc de V... est fermé chaque soir, au coucher du soleil.

Plus de promenades, solitaires ou sentimentales, dans l'ombre opaque des vastes allées aux voûtes feuillues : l'allée des « Veuves » est déserte, l'allée des « Soupirs » aussi et les marmousets en file dorment tranquillement dans le grand silence nocturne. Solitude habitée par le rêve, mais complice aussi des grands projets ténébreux.

Je dois vous confier, pour la clarté de ce récit, que j'ai des amitiés parmi les gardes du Parc, aussi suis-je admis à les accompagner dans leurs tournées nocturnes.

C'est chaque fois un grand plaisir pour moi, car j'aime à me plonger dans cette silencieuse obscurité où chaque feuille sèche que l'on foule, où chaque branchette que l'on brise émeut l'atmosphère comme un coup de feu que répercute cent fois l'écho des bois.

A chaque sortie nous varions nos parcours afin de dérouter les rôdeurs et c'est ainsi que certain soir de ce mois de.... nous nous trouvâmes auprès d'une maisonnette au toit d'ardoises mousseuses, aux murs lézardés, gardienne d'une grille rouillée — la grille ne sait manifestement plus s'ouvrir, la maison est abandonnée, du moins ainsi me l'assure le garde que j'accompagne.

P. Eschasseriaux - Le Conte du Sous-Marin (1915)

P. Eschasseriaux - Le Conte du Sous-Marin (1915)

L'aspect mystérieux de cette ruine cependant m'attire, il me semble qu'elle vit, que ses portes et fenêtres closes sont des paupières fermées pour cacher l'âme qui palpite.

Et je m'approche en retenant mes pas.

Est-ce une illusion — entre deux pierres disjointes du seuil filtre un faible rayon lumineux : je prête l'oreille et perçois des bruits sourds comme si de grands coups étaient frappés par des cyclopes battant le fer dans les entrailles de la terre, et des halètements rauques m'arrivent avec une chaude odeur de fer brûlé.

Mon ami et moi nous regardons oppressés, la nuit est si noire, à peine si nous nous voyons et cependant nous avons conscience que nous sommes pâles l'un et l'autre.

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Des ordres gutturaux nous parviennent et déchirent notre tympan.

« Les Boches ! murmurons-nous les dents serrées.

« Et là ! qu'est-ce ? »

Mon ami m'indique à quelques pas, de l'autre côté de la grille, flottant sur le canal, une forme sombre et longue qui émerge.

« Un sous-marin ! oh ! »

Des hommes s'agitent autour, en silence, ils ajustent fébrilement des pièces qu'ils apportent de la maison par une porte dérobée.

« Il faut aviser sans retard, me murmure mon ami, restez ici à surveiller, moi je vais prévenir la Place ! »

Et il part, et moi je reste... n'osant m'avouer que j'ai très peur, mais mes dents s'entrechoquent, elles font un tel bruit, me semble-t-il, que l'ennemi doit fatalement être averti de ma présence.

Hypnotisé par cette masse sombre autour de laquelle se meuvent ces autres masses sombres, je sent que je ne peux remuer ni bras ni jambes.

P. Eschasseriaux - Le Conte du Sous-Marin (1915)

P. Eschasseriaux - Le Conte du Sous-Marin (1915)

Et tout à coup la lune se lève, et dans un rayon d'argent, le sous-marin commence à se mouvoir : tout à coup il sort de l'eau par un plan incliné et roule vers moi ! Terrifié, je fais un grand effort et parviens à arracher mes jambes du sol et je prends ma course. Mais le monstre m'a vu, il me donne la chasse, j'ai beau prendre à travers la forêt, il glisse entre les arbres et se meut avec la souplesse d'un serpent. J'atteins une grande allée et me lance à toute vitesse, mais lui déploie des ailes et gagne sur moi... ah ! je n'en peux plus ! je suis à bout d'haleine ! le voici, le voici qui s'approche comme une trombe, il est sur moi, il me domine, il va m'écraser ! aaah !

A ce moment mon pied butte et je me sens tomber dans le vide, une grande douleur me traverse le corps et j'ai froid..., j'ouvre les yeux... et me trouve assis au pied de mon lit... ma fenêtre est ouverte et laisse passer un sourire de la lune... Je m'éveille tout à fait... et..., je pense que j'ai trop copieusement dîné ce soir et que mon sommeil a été pénible.

Cauchemarder boche, quelle punition !

P. ESCHASSERIAUX

(I) Ce conte me fut conté par le sympathique conteur comte de Contat, compté parmi les premiers conteurs d'une époque qui compta tant de conteurs de contes.

P. Eschasseriaux - Le Conte du Sous-Marin (1915)

P. Eschasseriaux - Le Conte du Sous-Marin (1915)

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