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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Fabrice Mundzik
Publié dans : #Charles Leroy, #La Semaine illustrée, #E.A. Poe, #Médium, #Folie, #Humour, #Détective, #Magnétisme, #Hypnose

"Les deux Médiums", de Charles Leroy, fut publié dans La Semaine illustrée du 26 juin 1898.

Le texte est accompagné d'une illustration anonyme.

 

Les deux Médiums

Parmi les aventures extraordinaires narrées par Edgar Poë, il en est une extraordinaire entre toutes ; je veux-parler du Cas de M. Vuldemar.

Vous connaissez tous cette étrange histoire de magnétisme, n'est-ce pas ? eh bien, j'en connais une plus étonnante encore, c'est celle des deux médiums.

Un drôle avait été arrêté ; on le soupçonnait d'avoir empoisonné un gendarme et d'avoir étranglé une bonne femme qui avait un chien jaune, des économies et soixante-dix-sept ans.

Il ne voulait rien avouer : au contraire, il affirmait que le gendarme était son ami, et qu'il avait l'intention de reconnaître la bonne femme pour sa fille.

Cela paraissait bizarre.

Le fait vint aux oreilles du roi, et sur son ordre il fut décidé qu'on endormirait l'accusé, et qu'il serait interrogé pendant son sommeil magnétique.

Un médium fut mandé, mais malgré ses efforts, il ne put rien obtenir ; l'accusé, au lieu de dormir, s'était mis à danser.

Le préfet de police, tremblant pour sa place, demanda un second médium.

Celui-ci ne fut pas plus heureux, l'accusé s'étant mis à faire des tours d'adresse avec le chapeau du commissaire présent aux épreuves.

Le second médium accusa le premier d'avoir abruti le sujet, et le premier se défendit en affirmant qu'au contraire, le second avait détruit tout ce qu'il avait déjà préparé.

Bref l'accusé fut relâché faute de preuves.

Quelques années passèrent, et on ne songea plus à l'accusé récalcitrant.

Cependant un beau jour, les deux médiums se rencontrèrent d'une façon bizarre.

Le premier, qui n'avait pas réussi dans son commerce, s'était établi perruquier, le second avait fait fortune.

Ce dernier, qui était de noce, entre sans méfiance dans la première boutique venue, se met dans un fauteuil et demande à être rasé.

Charles Leroy - Les deux Médiums (1898)

Le patron, le rival médium, prépare sa savonnette, saisit le patient et commence à savonner, quand tout à coup, et sans rien dire, les deux hommes se reconnaissent.

Depuis l'affaire de l'assassin, il est superflu de vous dire qu'ils étaient de mortels ennemis.

Sans se parler, les deux hommes frissonnaient de la tête aux pieds, la même pensée les travaille : endormir l'adversaire, pour prouver sa supériorité sur lui.

Ils se regardent dans le blanc des yeux, le fluide s'épanche en simple filet, puis en cascades, enfin c'est un torrent... un océan...

La lutte n'était soutenable ni pour l'un, ni pour l'autre, et les champions du magnétisme s'endorment mutuellement.

On entre, on sort, on parle, on crie, on demande, rien ne répond, rien ne tressaille, rien ne bouge, si ce n'est le perruquier qui continue son mouvement de savonnage.

Étonnés, les clients sortent, et vont porter leur pratique ailleurs.

La boutique devient déserte, personne n'y vient plus, si ce n'est un jour le concierge pour demander l'argent du terme.

Horreur ! depuis deux mois que le perruquier frottait son client, il lui avait usé la tête, et même le dossier du fauteuil ; quant à lui il avait usé non seulement son blaireau et sa main, mais aussi la moitié de son bras.

Devant un pareil spectacle, le concierge saisi d'épouvante, devient subitement fou, il se précipite dans l'arrière-boutique, et pris d'un accès de folie furieuse, il se met au piano et joue les mélodies les plus fantastiques.

Le bruit fait d'abord frémir le client, qui commence à bouger, et qui, enfin, finit par se lever, pendant que le perruquier tournait toujours le reste de son bras.

Le plus curieux, c'est qu'en sortant, le médium sans tête mis trente centimes sur le comptoir en disant : Au revoir, sieur et dames.

Charles Leroy

Charles Leroy - Les deux Médiums (1898)

Charles Leroy - Les deux Médiums (1898)

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