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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Christine Luce
Publié dans : #Gedalge, #Lily Jean Javal, #H. Wagner, #Bibliothèque des Petits Enfants, #Enfantina, #Conte de fées

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal. Illustrations H. Wagner, août 1923, in-16 32 pages, Geldage, Bibliothèque des Petits Enfants.

Réédition en 1928, même collection.

 

Pour fêter les deux ans de notre amicale autour des nids poussiéreux, un conte de fée convient très bien, un petit de deux ans l'écoutera sans tout comprendre, ses yeux brilleront à certaines images et il interrompra sans cesse le narrateur de questions imprévues qui feront rire l'adulte interloqué.

Ce conte, c'est un récit paru en 1923 que j'avais découvert dans une braderie à l'automne, il y a plusieurs années, un morceau de passé qui devient à présent l'un de mes souvenirs. Un conte que j'ai lu avec mon fils subjugué par la fantaisie de l'histoire mais aussi par tout ce vocabulaire, ces choses, ces sentiments qui n'existent plus aujourd'hui. Chaque ligne l'enchantait, et c'est un millier de questions auxquelles il a fallu répondre mille fois. J'exagère ? Mais, c'est un conte !

Le titre ne manque pas de malice Le Rouleau de cuisine enchanté, par Lily Jean-Javal. Une petite fille gourmande manque de savoir-vivre la veille de Noël, elle est envoyée au lit sans pouvoir goûter au repas de réveillon. Affamée dans son lit, elle voit apparaître tout à coup un gnome marmiton qui lui propose de l'emmener dans les cuisines du roi Baba 1er de la dynastie des Mangetout. Outre les descriptions terriblement alléchantes des lieux, c'est avec beaucoup d'humour que l'on a un aperçu de la vie très affairée de tout le petit peuple du royaume. Après maints rebondissements et de terribles dangers, la petite retrouve enfin ses parents au jour de l'An alors qu'ils la croyaient perdue... Une véritable conte moderne (1923 quand même) pour les plus petits, sans ce vertueux alibi qui vient souvent gâcher le merveilleux : le mauvais rêve des morales étriquées.

Le récit est charmant mais les illustrations n'ont rien à perdre à la comparaison. Toutes petites pour tenir dans le format réduit de l'album, elles sont des chefs-d’œuvre d'inventivité et d'humour. H. Wagner, encore un nom bien oublié, je vous rends hommage !

Lily Jean-Javal, (variante pseudonyme Lily Jean Javal) s'appelait Marietta Martin (1882- 29/07/1958) et fut une romancière française pour la jeunesse. Elle a également écrit de la poésie et rédigé des récits de voyages à l'étranger. Lily Jean-Javal a écrit une quarantaine de récits, certains semblent également du domaine du conte. Pour ma part, j'en possède un second, tout aussi charmant et surtout joliment illustré par H. Wagner mais qui n'a rien de fantastique, Edelweiss et Mirtillo, paru dans la même collection un peu plus tard..

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAPLe Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP
Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

Il est bien triste, mes chers amis, lorsqu’on a commis quelque mé­fait dans la journée, d’être condamné à se coucher sans dîner. C’est ce qui arriva dernièrement à Jacqueline, une petite fille plus gourmande, hélas ! que la plus gourmande des chattes.

Je vais vous dire ce qu’elle m’a raconté.

La veille de Noël, ayant reçu un sac de chocolat, notre amie le vida sans ver­gogne, jusqu’au fond. Elle garda un bonbon unique pour sa maman, mais elle y donna — qui le croirait ? — un coup de dent afin de le goûter. Ce que voyant, la maman, indignée, envoya immédiatement sa fille au lit. Mariotte, la bonne de Jacqueline, déshabilla cette méchante enfant en la grondant beau­coup. Puis, après avoir bordé son lit, elle sortit de la chambre.

Jacqueline pleura ; ensuite, elle son­gea qu'elle n’avait point mis ses souliers dans la cheminée. Mais à quoi bon ? Personne ne les remplirait ce soir-là ! La fillette soupira. Elle entendait un tapage appétissant de vaisselle et de fourchettes.

« Ah ! pensait-elle, papa, maman et marraine mangent en ce moment la dinde aux marrons qui sentait si bon en cuisant cet après-midi... J’en voudrais bien un morceau ! »

Jacqueline, à cette pensée, ouvrit et ferma la bouche comme si...

– Tiens! qui est là? se demanda- t-elle.

Et, se penchant au-dessus de son lit, elle aperçut un drôle de petit person­nage. Il était habillé en marmiton, tout blanc, tout propre ; son visage ressem­blait au museau d’une souris. De la main droite, il tenait une lanterne verte, grosse comme une luciole. De la main gauche, il brandissait un tison­nier.

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

– Bonsoir, mon excellente demoiselle ! dit le drôle de petit personnage. Avez-vous bien dîné ? Hé ! Hé ! Hé !

Le marmiton se moquait. Jacqueline répondit cependant avec politesse :

– Non, monsieur, je n’ai pas dîné du tout et j’ai grand’faim.

– Ma bonne demoiselle, vous plai­rait-il de me suivre ? J’ai préparé, chez moi, un souper qui vous ravira : cailles et bécassines, sorbets, truffes, champa­gne, bombes aux fruits. Ces choses, qu’on vous défend de manger d’ordinaire et qui sont les meilleures du monde, seront à votre disposition. Suivez-moi, ma bonne demoiselle.

Jacqueline descendit du lit. Elle enfila sa robe de chambre blanche et ses mules rouges et elle trotta derrière le marmiton. Celui-ci traversa le couloir, l’office et la cuisine, noirs et silencieux. Seule la lanterne envoyait un rayon vert, çà et là. Le fourneau était éteint.

– Hop ! Hop ! fit le petit bonhomme.

Il sauta à cheval sur la rampe du fourneau, et soulevant les cercles à l’aide de son tisonnier, il pénétra par l’ouverture ronde, — à l’intérieur du four, — criant à la fillette : « Faites comme moi ! » L’enfant eut peur, mais elle se sentit poussée par une invisible main, et elle rejoignit son conducteur sans savoir comment.

Quel étonnement ! Les parois du four s’élargissaient, s’élargissaient et Jac­queline se trouva, soudain, dans une salle gigantesque aux murs et à la voûte de cuivre qui lançaient, de tous côtés, des rayons pourpres, comme si le soleil se fût couché en ce lieu extraordinaire.

– Où suis-je ? questionna notre petite amie.

Une centaine de marmitons et de marmitonnes couraient affairés, portant des casseroles, des poêles et des poê­lons ; un chef cuisinier, plus haut que cette troupe, commandait d’une voix aigre :

– Or çà, Grain-de-Sel, où en est votre hachis de tomates ? Vous lambinez, maladroit, dépêchez-vous !... Et vous, Tartelette, aurez-vous bientôt fini de lécher votre sauce mousseline, sous prétexte de la goûter ? Que je vous y reprenne, et je vous plonge dedans, la tête la première !... Croquenbouche, cette crème au moka sent le brûlé ; elle est bonne à jeter aux pourceaux ou à vous servir de dessert. Choisissez !... »

Avisant le conducteur de Jacqueline, il l’interpella : « Vous voilà revenu, Jus-de-Citron, ce n’est pas trop tôt ! Qu’est-ce que vous nous rapportez-là ? Peuh ! de la petite fille !... Ce n’est pas très bon à manger ! Je vous avais ordonné d’acheter des bécasses. Vous ne savez pas faire le marché ! » Et le chef piqua Jus-de-Citron par derrière, avec la fourchette qui lui servait de bâton de commandement. Puis, d’un ton dramatique, il s’écria : « Messieurs, mesdames, le festin du roi sera, ce soir, par votre faute, un affreux salmigondis. Les diables, en enfer, n’en voudraient pas (et Dieu sait, pourtant, qu’ils sont mal nourris !). »

Impassible, Jus-de-Citron rassurait Jacqueline qui tremblait, éperdue stupéfaite en même temps.

– Ne craignez rien, ma bonne demoiselle, disait-il, vous êtes dans les cuisines du roi Baba Ier, de la dynastie des Mangetout. Vous avez dû apprendre la biographie des Mangetout dans votre Histoire de France ?... Non ?... Pas possible ! Mais qu’est-ce qu’on vous enseigne donc à l’école ?... Sa Majesté Baba Ier est douée d’un appétit qui nous donne chaque jour beaucoup de mal à satisfaire. Vous en jugerez, d’ailleurs, par vous-même. Suivez-moi encore, je vous prie.

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

Le marmiton ouvrit une porte, au fond de la salle ; la petite fille s’en vint derrière lui. Ils traversèrent un jardin. Quel jardin!... Les fleurs étaient de sucre, les fontaines de lait d’amandes, et les pelouses de purée d’angélique. On marchait sur des bonbons multi­colores. La gourmande que vous connaissez en bourra ses poches ; ensuite, elle croqua une rose qui fut aussitôt remplacée par une rose sem­blable.

– De la modération, ma bonne demoiselle, dit gentiment Jus-de-Citron, vous vous gâtez l’appétit... Mais nous voici au palais. Entrons !

Sur le portail étaient sculptées les armes royales : un baba couronné de raisins et traversé d’un coutelas, por­tant cette devise : « Je ne crains rien, hors la faim. »

Sa Majesté pesait,—au juger, — deux cents kilogrammes. Un diadème de petits gâteaux dorés brillait sur sa tête; sur son ventre sautillait une double chaîne de truffes, ciselées, paraît-il, par le plus grand artiste du royaume,Truffino-Truffinelli. À la droite du roi, il y avait un trône vide.

– Ici siégeait notre bien-aimée reine Boulotrix, morte l’an dernier, après une indigestion de petits fours, murmura Jus-de-Citron. Elle en avalait soixante à la seconde. C’était une femme supérieure ; Sa Majesté ne la remplacera jamais !...

Aux pieds de Baba Ier jouaient ses enfants, la princesse Goinfrinette et le prince Empifron. L’une mangeait une poupée de massepain ; l’autre léchait un polichinelle en chocolat.

Sur une estrade incrustée de cerises confites, douze nègres, vêtus de cos­tumes en betterave cuite qui seyaient à leur teint, exécutaient certaine danse appelée « la Galantine », en raclant des casseroles avec des couteaux.

Le marmiton s’agenouilla devant son souverain et lui présenta Jacque­line.

– Sire, dit-il respectueusement, elle est de chair fine et tendre.

Baba Ier toisa la nouvelle venue d’un air méprisant et prononça ces paroles :

– Bonsoir, mauviette ! Tu n’es guère affriolante, mais tu vaux peut- être mieux que ton aspect. Tu vas donc subir, selon la coutume de notre Palais, l’épreuve bien connue du vol-au-vent. Plus de mille bestioles de ton genre ont passé par là... Jus-de-Citron, tu lui expliqueras nos paroles, qu’elle semble ne pas comprendre... Et maintenant, qu’on avance le souper! Nous voulons étouffer la faim avant sa naissance. J’ai dit !

A ce moment, les musiques devinrent stridentes et un nègre chanta dans sa langue maternelle :

Pauvre roi, li bien malheureux !

Li peur d’avoir faim !

Li souffre ! li souffre !

Pauvre roi, li bien malheureux !

Le museau pointu de Jus-de-Citron était devenu méchant. Il s’adressa à Jacqueline: « Ma bonne demoiselle, vous avez eu tort de me suivre, car il vous en cuira, sans doute... »

– Il t'en cuira, ha! ha! ha! crièrent Empifron et Goinfrinette. Une petite fille, ça sera meilleur que du poulet !

– Taisez-vous, ordonna le roi. Laissez parler Jus-de-Citron. Nom d’un jambon de dromadaire ! je ne veux pas que les enfants interrompent les grandes personnes.

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

Le chef d’orchestre du roi se remit à chanter :

Bon roi, li très heureux !

Li n’aura pas faim.

Li mangera chair petite fille.

Bon roi, li très heureux !

Jacqueline faillit s’évanouir. Elle claquait des dents et sanglotait. Elle voulait appeler au secours, et sa voix s’étranglait; elle croyait devenir folle.

A travers ses larmes, elle vit un rideau se soulever au fond de la salle, et derrière ce rideau s’étendait le couvert royal composé d’assiettes d’or et de verres en diamant. Des jets de champagne, de vin rouge et d’orgeat coulaient dans des vasques d’albâtre.

Empifron et Goinfrinette s’asseyaient à table et miss Plum-Pudding, la gouvernante d’honneur, leur nouait la serviette autour du cou.

Jacqueline songea soudain qu’elle figurerait sans doute au souper, dans trois jours, dressée en chaud-froid au milieu de la gelée !... Cette affreuse idée la terrassa. Elle perdit connaissance...

 

***

 

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle était dans une pièce inconnue: une chambre de porcelaine blanche à dessins rouges ; au mur pendaient des casseroles d’argent ; sur une table de marbre rose s’élevait un volcan de farine dont le cratère était rempli de beurre et de sel. Une coupe de rubis contenait de l’eau.

Jacqueline se demanda si elle avait dîné et dormi, car elle n’éprouvait ni faim ni fatigue.

Elle avait oublié les terribles aven­tures de la veille, mais, en se penchant à la fenêtre de la cuisine (car c’était une cuisine), elle aperçut le jardin aux roses de sucre et aux pelouses d’angélique.

Alors, elle se souvint du passé.

Le désespoir s’empara de la pauvre gourmande entraînée aux pays de la Gourmandise.

– Hélas ! pourquoi ai-je écouté Jus- de-Citron ? se disait-elle. Quel traître !

– Allons, ma bonne demoiselle ! à l’ouvrage ! dit une voix bien connue, celle du méchant marmiton. Vite ! pé­trissez-nous un feuilleté qui s’envole au ciel, tant il sera léger. Travaillez ! ne vous inquiétez point de vos repas, vous serez nourrie par magie.

Jus-de-Citron disparut.

Jacqueline, de ses mains maladroites, essaya d’imiter la cuisinière, qu’elle avait parfois observée ; mais ses larmes arrosaient la farine.

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

Quand la pâte fut formée, la porte grillée de la cuisine-prison s’ouvrit et vingt marmitons entrèrent. Ils éclatè­rent de rire devant l’œuvre de la pauvre pâtissière.

– C’est de la bouillie pour les chats !

Tel fut leur compliment.

Ils emportèrent cette bouillie, afin de la faire cuire et de l’offrir à Sa Majesté.

La petite fille passa le reste du jour à sangloter ; après quoi, elle s’endormit.

Le lendemain, elle trouva la table de marbre garnie comme la veille et elle ne se tira guère mieux d’affaire.

Cette fois, Jus-de-Citron vint lui- même chercher le gâteau.

– Le roi rit tellement, hier, lorsqu’on lui apporta votre affreux régal, dit-il à Jacqueline, qu’il faillit s’étrangler. Les princes se réjouissent de savourer bien­tôt votre excellente petite carcasse. Ils ne seront pas déçus ; d’après ce que je vois aujourd’hui, le second vol-au-vent ressemble au premier et le troisième ressemblera au second. Demain soir donc, vous vous chaufferez à la flamme de la broche, et vous serez baignée d’une sauce douce comme velours...

Le marmiton grinça des dents et fit claquer sa langue. Il sortit, emportant le triste ouvrage de Jacqueline.

Le troisième jour venu, notre amie, blanche ainsi qu’un fantôme vu au clair de lune, s’agenouilla devant la table de marbre, car elle ne pouvait plus se tenir debout, à force d’épouvante et de malaise.

Tout à coup, tandis qu’elle levait les yeux au plafond, elle aperçut un étrange équipage aérien»

Qu’était-ce ? une fée ? Oui, une fée pas plus grande qu’un oiseau et perchée sur... devinez quoi ? Sur un nuage? Non. Sur un poisson volant? Nenni. Sur un char ailé ? Vous n’y êtes point.

Cette fée était perchée sur un rouleau à pâtisserie de blanche porcelaine semée de fleurs rouges. Les extrémités du rouleau étaient maintenues par les becs de deux colombes, l’une blanche, et l’autre rouge.

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

En quelques secondes, le rouleau des­cendit jusqu’à la table; les colombes volèrent jusqu’au plancher. Quant à la petite dame, elle s’assit au milieu de la farine.

– Je suis, dit-elle d’une voix qui ressemblait à celle du cri-cri, je suis la fée du Feuilletage.

Elle montra sa robe à feuillets étagés les uns au-dessus des autres.

– Je t'apporte l’instrument indispen­sable au vol-au-vent. (Elle désigna le rouleau.) Étends la pâte six fois à l'aide de cet objet enchanté. Tu seras sauvée. Adieu !

Jacqueline voulut remercier la bonne dame, mais celle-ci s’était enfuie avec les colombes.

La petite fille souffrait tant depuis trois jours qu’elle ne pouvait éprouver subitement de la joie. Son cœur battait; elle prit le rouleau et le passa six fois sur la pâte, tout en frissonnant d’angoisse et d’espoir.

Puis, elle entendit parler auprès d’elle; c’était le rouleau qui murmurait :

– Cache-moi ! Cache-moi !

Elle le saisit et l'enferma dans un buffet.

Aussitôt, la troupe marmitonne vint chercher le feuilletage dont l’aspect suscita encore une masse de quolibets. Notre amie les supporta, non sans courage ; elle s’assit auprès de la fenêtre et attendit le résultat de la cuisson.

Tout à coup des cris retentirent et l’orchestre des nègres joua une marche héroïque.

Jacqueline vit son vol-au-vent de quatre mètres cinquante porté en triomphe par cent marmitons; en avant couraient Tartelette, Grain-de-Sel, Croquenbouche et Jus-de-Citron. Derrière suivait la maison royale.

Au balcon du palais, Baba Ier, entouré de ses enfants et de leur gouvernante, regardait ce défilé avec une stupé­faction mêlée de dépit. C’était la pre­mière fois que l’épreuve avait un pareil résultat, et le roi préférait, aux mets de plus rare saveur, la chair fine des petites filles.

L’escorte s’avançait; le vol-au-vent se dressait en une tour altière qui atteignait par son sommet la rampe du balcon.

Les sujets de Baba Ier acclamèrent la pâtissière et une délégation se forma qui voulait aller la chercher et l’amener triomphalement au palais.

C’est alors qu’on vit une chose à laquelle personne ne s’attendait.

Par la fenêtre de la cuisine-prison, en un nuage odorant, Jacqueline s’élança à califourchon sur un rouleau que sup­portait de chaque côté une colombe.

Les oiseaux, rouge et blanc, volaient vite; l’attelage s’élevait haut, très haut vers le ciel. Bientôt il dis­parut...

Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

***

Ainsi, Jacqueline se retrouva le Ier janvier chez ses parents qui la cher­chaient en vain depuis Noël et la pleu­raient, comme on pleure une morte.

La fillette fut longue à se remettre de ses émotions. Elle ne dormait ni ne man­geait. Maintenant, son appétit revient, mais, de gourmande, elle est devenue « gourmette », ce qui vaut mieux.

Quant au rouleau de porcelaine à fleurs, on raconte qu’il tomba par un tuyau de cheminée, sans se casser, — ô prodige! — chez une dame parisienne dont on ignore le nom et l’adresse, et chez qui il accomplit des merveilles de feuilletage.

 

FIN

 

 

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Le Rouleau de cuisine enchanté, Lily Jean Javal, un conte de fée pour les deux ans de l'ADANAP

Commenter cet article

clement 22/11/2015 14:16

beaucoup apprécié .Comment peut-on se procurer ce conte ..et d'autres récits de lily Jean-Javal . ?

17/12/2015 16:08

Bonjour et merci ! Hélas, à part les trouver d'occasion, je ne connais pas d'éditions récentes de cet auteur.

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