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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Les Crimes se multiplient, la police est débordée 1

Jean Kolb

J'habite la banlieue Nord. C'est un fait isolé qui ne peut interrompre la marche générale des choses.

Aujourd'hui pourtant ce fait m'a permis de faire une sensationnelle rencontre.

Au bout du quai, donnant des ordres pour le transport de gros ballots qui ai-je rencontré ? Sherlock Holmès !

J'avais eu l'honneur d'être présenté au grand détective au cours de vacances passées sur la plage britannique de Baule-Beach, que nous appelons vulgairement La Baule.

— Vous à Paris ? m'étonnai-je.

— On ne peut rien vous cacher, plaisanta Holmès. D'ailleurs, il s'agit d'un déplacement officiel et je ne m'étonne pas que vous l'ignoriez puisque vous êtes journaliste français.

Je saluai cette rosserie d'une finesse bien britannique, voire d'une légèreté de prince de Galles tombant de cheval et poussai plus avant mon stylo-éperon dans les flancs du grand Sherlock.

— Oui, fit notre homme, vos policiers sont au bout de leur rouleau. Ils nous ont envoyé le S.O.S. de détresse et je suis venu par le dernier bateau. Je suis l'homme du dernier bateau ! Ces ballots contiennent vos dossiers. J'en ai le crâne farci.

— Et vous pensez réussir là où nous avons échoué ?

— Comme toujours. D'abord, je ne me laisserai pas manœuvrer comme vos enquêteurs de l'affaire Paredès 2. Ah ! Barthélemy 3, mon ami !... Ensuite, en ce qui concerne l'assassinat du diamantaire, j'agirai avec méthode 4. Quand on pense que mes collègues français ont attendu jusqu'à ce matin pour ouvrir le coffre-fort de ce pauvre Truphème 5 ! C'est comme pour l'auto café au lait... Ne devait-on pas mettre sous scellés toutes les autos café au lait 6 ?... voire les Citroën chocolat 7. Chocolat !... Ce devrait être la couleur officielle des autos de vos grands politiciens !

Nouveau salut à cette deuxième plaisanterie bien anglaise.

— Dites : « vacherie » puisqu'il s'agit d'une pointe policière, appuie encore Holmès.

Mais mon interlocuteur, qui aime parler et s'écoute discourir avec béatitude, de poursuivre sa mise en boîte de nos policiers officiels qui, débordés, submergés, pressés d'en finir, bouleversent toutes les lois chères à l'enquêteur modèle.

Fort heureusement, nous avons Sherlock, et Sherlock est un « as ».

— D'abord, décide-t-il, n'embrouillons rien. Si le sacristain Eguino a été vu dans une auto café au lait aux alentours du château de Montchevreuil il ne faut pas en conclure trop vite qu'il vola entre Paris et Douvres le collier de six millions 8...

Je n'ai pas entendu le reste. Devant le nombre d'affaires pour l'éclaircissement desquelles nos grands enquêteurs lui avaient demandé son concours, le détective britannique venait, à son tour, de perdre la raison 9.

1Jean Kolb, « Les Crimes se multiplient, la police est débordée », in Paris-soir du 9 mars 1928.

2« Lorsque fut découvert le crime de la rue de Varenne, près de 24 heures après l'assassinat de M. de Paredès, l'enquête de la police judiciaire ne fut peut-être pas menée avec toute la circonspection, toute la prudence, toute la sagacité nécessaires. » [Paris-Soir du 7 avril 1928]

3« M. Barthélémy et ses collaborateurs ont poursuivi ce matin leurs investigations dans l'affaire de la rue de Varenne. » [L'Ouest-Éclair du 3 mars 1928]

4« La recherche de l'assassin du courtier Gaston Truphème se poursuit activement mais les résultats ne sont malheureusement pas en rapport avec les efforts fournis par les policiers. » [Le Petit Parisien du 10 mars 1928]

5« Le coffre-fort de Gaston Truphème était vide. Le courtier avait retiré ses bijoux trois jours avant le crime. » [L'Humanité du 14 mars 1928]

6« Auto "café au lait" ou auto marron ? Les témoins ne sont pas d'accord sur la couleur exacte de la voiture qu'ils ont vue stationnant à proximité de l'endroit où fut découvert le cadavre en flammes du courtier en bijoux. » [Le Matin du 4 mars 1928]

7« Il avait aperçu sur la route, à environ cinq kilomètres du lieu où fut découvert le cadavre du courtier en bijoux, une 10 chevaux Citroën, couleur café au lait foncé. » [Le Petit Parisien du 4 mars 1928]

8« Les policiers ont retrouvé chez différents négociants en joyaux la plupart des pierres précieuses qui avaient été confiées au courtier. Il manquerait seulement environ 150.000 francs de bijoux. » [L'Ouest-Éclair du 3 mars 1928]

9« Les espoirs des enquêteurs de retrouver rapidement la piste de l'assassin du courtier en bijoux, Gaston Truphème, s'évanouissent peu à peu. Les nombreuses pistes qui ont été suivies, depuis la découverte du crime, ont dû, l'une après l'autre, être abandonnées. » [Journal des débats politiques et littéraires du 5 mars 1928]

Jean Kolb - Les Crimes se multiplient, la police est débordée (1928) [Sherlock Holmes]

Jean Kolb - Les Crimes se multiplient, la police est débordée (1928) [Sherlock Holmes]

Suite et fin de l'« affaire Truphème» (pour ne pas vous laisser sur votre faim !!!) :

« Mestorino, qui tua le courtier Truphème, va comparaître devant les assises. Le crime est encore présent à toutes les mémoires. Un matin de février, sur les bords d'une route de banlieue, un passant remarquait soudainement un feu qui dégageait une odeur inquiétante. S'étant approché, il découvrait, stupéfait d'horreur, au milieu des flammes un tas informe, bizarre et qui semblait être un corps humain. C'en était bien un, en effet, celui du courtier en bijoux, Gaston Truphème. On sait le reste et comment le joaillier Mestorino fut amené à avouer être l'auteur du crime. Tout l'intérêt (si intérêt il peut y avoir) de cette affaire est de savoir à quel mobile a obéi l'assassin et si ce fut le besoin d'argent ou la jalousie qui arma son bras. Il semble bien qu'on se trouve en présence d'un crime d'argent. » [La Croix du 3 juin 1928]

« Charles Mestorino, l'assassin du courtier Gaston Truphème actuellement détenu à la prison de Fresnes, doit partir mardi pour l'Île de Ré, en vue de son prochain transfert au bagne. » [Les Annales coloniales du 11 août 1928]

« Les portes de la maison centrale de Haguenau viennent de s'ouvrir pour livrer passage à Suzanne Charnaux, la jeune belle-sœur de Mestorino, rendue à la liberté après avoir accompli, jour pour jour, une peine de prison de deux années. C'est le soir même du verdict condamnant aux travaux forcés à perpétuité l'assassin du courtier en bijouterie Gaston Truphème, que Suzanne Charnaux, sœur de Mme Mestorino, fut arrêtée. Les débats avaient montré la gravité du rôle joué par cette jeune fille, en apparence timide et douce, dans le crime accompli par Charles Mestorino. Non seulement elle avait assisté avec les trois employés de Mestorino : Pierre Lefèvre, Marcel Lorignon et Henri Moncet, à l'accomplissement de ce crime, mais elle avait encore aidé à l'empaquetage du cadavre et à la mise en lieu sûr des bijoux volés. » [Le Journal du 14 juin 1930]

Cette affaire est racontée par Arthur Bernède, dans Mestorino, ouvrage paru en 1931 chez Tallandier, dans la collection Crimes et châtiments. En voici la conclusion : « Mestorino ne devait jamais revoir aucun des siens. En effet, la mort, à laquelle l'avait arraché l'éloquence de son défenseur, l'avait déjà marqué de sa griffe ; peu de temps après son arrivée au bagne, on apprenait la nouvelle de sa fin. La Justice que les jurés de la Seine n'avaient pas voulu complète s'achevait par la volonté du Destin ! »

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