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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Fabrice Mundzik
Publié dans : #Léon Sazie, #Binocle, #Zigomar, #L'Impartial, #Les Moutons électriques, #Humour, #Courrier d'Oran, #Mot d'Ordre, #érotisme

Avant de devenir le feuilletoniste bien connu et de publier la série des Zigomar (rééditée récemment par Les Moutons électriques), Léon Sazie travaillait pour la presse écrite d'Oran, en Algérie, ville dans laquelle il est né (1).

Il était secrétaire de la rédaction du Courrier d'Oran en 1887 et publiait des chroniques dans divers périodiques, tels que, pour n'en citer qu'un, le Mot d'Ordre.

Mais il écrivait aussi des contes, sous le pseudonyme  « Binocle » (2).

« Le Grain de beauté (Histoire authentique) », est un de ces contes peu connus : signé Binocle, il fut publié dans L'Impartial, journal de l'arrondissement de Mostaganem (une commune algérienne), du 31 mars 1885.

 

(1) Léon Sazie était membre de la Société des « Algériens de Paris ».

(2) Je n'ai pas souvenir d'avoir lu cette information auparavant, si toutefois il existe un ou des articles sur les pseudonymes utilisés par Léon Sazie, n'hésitez pas à laisser les références dans les commentaires, ci-dessous.

Binocle (alias Léon Sazie) - Le Grain de beauté (1885)

Binocle (alias Léon Sazie) - Le Grain de beauté (1885)

Le Grain de beauté

Histoire authentique

 

Vous m'avez demandé hier soir, chère amie, une nouvelle. Je l'ai promise et je tiens ma parole en vous offrant aujourd'hui ce petit conte.

 

On causait grains de beauté dans la villa des Nichonnets, et chacune de ces dames, les maris n'étant pas là, vantait les siens, car toutes en avaient, toutes, et de ravissants : qui au bras, qui au cou, celle-ci sur l'épaule, celle-là sur un point meilleur.

— Quant à moi s'écria tout à coup madame Delacire, la châtelaine, je m'en connais un, entr'autres le plus noir et le plus beau qu'on puisse voir, et placé, figurez-vous, juste au dessus de...

Elle n'acheva pas, et s'arrêta toute honteuse.

Madame Delacire était la plus adorable brune qu'on puisse rêver : mignonne comme une fillette, mais avantagée comme une femme qui le serait bien, avec des yeux grands qui avaient toujours une étincelle humide ; sa figure rosée n'était qu'un perpétuel sourire.

Mais elle était d'une étourderie inconcevable : toujours sautillant, toujours chantonnant, elle ne pensait à rien, ne pouvait se souvenir de la moindre chose ; en la voyant si gaie, si folâtre, si insouciante, on aurait pu croire sincèrement que le créateur d'un tel bijou de femme avait oublié de mettre sous son épaisse chevelure un peu de cervelle.

— Vous disiez, demanda M. Dufoin, qui venait d'entrer sournoisement, vous disiez un grain de beauté charmant, placé dans un endroit adorable !

— C'est possible, répondit Madame Delacire, un peu contrariée de voir remarquer sa folle parole ; c'est très possible, mais je puis vous assurer que vous ne le verrez jamais !

— Ce sera pour moi un regret éternel soupira M. Dufoin. Car vous l'avez deviné, n'est-ce pas ?

Il était amoureux fou de madame Delacire.

Depuis longtemps il lui faisait un siège en règle, et la jolie brune, malgré sa tête folle, tenait toujours bon.

Or, un matin, M. Dufoin se promenait dans le verger avec M. Delacire quand Mme Delacire accourut se joindre à eux en riant.

Elle venait de se lever, et, les cheveux ébouriffés, vêtue seulement de son peignoir bleu, elle voulait respirer la fraîcheur du matin, et s'amuser à froisser l'herbe humide de rosée pour en faire tomber les perles.

— Oh ! les belles prune, s'écria-t-elle en les désignant sur un arbre. Si nous en cueillons pour le dessert ? Une échelle, vite une échelle, courrez Monsieur Dufoin, en prendre une !

Sitôt dit, sitôt fait, Dufoin revint bientôt et M. Delacire monta détacher les fruits que sa femme lui indiquait du bout de son doigt rose.

— Ah ! fit-elle nous n'avons rien où les déposer : M. Dufoin avez vous un panier ? Non ? j'en étais sûre ! Ce M. Dufoin ne pense à rien. Ma foi, tant pis, nous nous en passerons ; mon peignoir va nous servir de corbeille. M. Dufoin, tenez bien l'échelle, j'y monte aussi.

Et, effectivement, légère comme un oiseau elle monta quatre ou cinq échelons, puis, s'appuyant du dos aux jambes de son mari, et se baissant doucement, elle prit, en se relevant, le bas de son peignoir et en forma une corbeille où M. Delacire jeta les prunes cueillies.

— Vous tenez bien, M. Dufoin ? dit-elle en assurant son petit pied sur l'échelon.

Mais M. Dufoin ne répondit pas ; il regardait, non pas les prunes, mais le grain de beauté, le fameux grain de beauté ; le plus noir et le plus beau qu'on puisse voir, et placé, figurez vous juste au -dessus de...

Madame Delacire avait pris dans ses mains, avec son peignoir bleu, sa fine chemise, et, ce matin, par trop étourdie, elle avait oublié de mettre... son pantalon.

BINOCLE.

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