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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Fabrice Mundzik
Publié dans : #Gaston Derys, #Le Sourire, #Humour, #Nécrophone, #Téléphonie sans fil, #T.S.F.

"Le Nécrophone", de Gaston Derys, est paru dans Le Sourire du 6 novembre 1913.

Du même auteur, lire aussi :

Gaston Derys - L'Amour à Paris en 2024 (1924)

 

Le Nécrophone

Mon ami Le Corsu avait pour maîtresse la plus sinistre pécore qu'on pût imaginer. Qu'elle le trompât avec tous ses amis, c'était normal. Qu'elle le fît brouiller avec eux, passe encore ! Qu'elle le grugeât, banal ! Mais elle venait l'injurier en plein café, quand il s'attardait au poker, et l'empêchait même de fumer la pipe. Un tyran !

Voici quelques mois, Le Corsu passait avec elle dans un étroit sentier, au flanc escarpé d'une falaise. Il lui poussa le coude en badinant. Elle glissa. Elle revint peu après à Paris, en grande vitesse, dans un coffre de bois précieux.

La joie de Le Corsu, vous la devinez ! Elle irradiait, elle éclatait. Elle devint insolente. Et il faisait une noce, l'animal ! Il avait le bonheur cynique. Il finit par m'agacer.

— Dis donc, lui demandai-je, Loulou n'a pas laissé de testament ?

— Non... Pourquoi ça ?

— Parce que... elle aurait pu prescrire l'installation du nécrophone...

— Le nécroquoi ?

— Le nécrophone... C'est une nouvelle invention... Un petit appareil téléphonique qui relie votre cercueil avec la ville... Comme ça, si on se réveille...

— Ah ! mon vieux, je suis bien tranquille... Elle ne se réveillera pas, la sacrée bougresse !

Et il éclata de rire à la pensée que la pauvre Loulou pût n'être point tout à fait morte. Et il offensa sa mémoire de divers qualificatifs d'une basse trivialité. Il m'écœurait. Après tout, il l'avait aimée, cette femme... Et elle venait de lui rendre un fier service... Quel mufle !

Ces jours-ci, je rencontrai mon Le Corsu tout guilleret.

— J'allais t'écrire, me dit-il. Je donne une grande fête... Jolies filles... Extra dry... Ohé ! Ohé !...

— En l'honneur de quel saint ?...

— Mais il y aura cent jours que je serai délivré de cette vieille toupie...

— Bien, bien, interrompis-je, j'ai compris...

Quel goujat !

Ce fut très bien, sa fête... De jolies filles, vraiment, et si peu farouches... Par exemple, on attendit Lola Podrida, une danseuse qui devait présenter un tango inédit, jusqu'à trois heures du matin...

Soudain, un maître d'hôtel se pencha à l'oreille de Le Corsu.

— Un instant, dit l'amphytrion. Une dame me demande au téléphone... C'est sûrement Lola Podrida.

Ce n'était pas elle.

— C'est moi, Loulou, ta maîtresse ! entendit-il. J'ai le nécrophone... Viens vite me chercher au Père-Lachaise...

Il est entré dans une fureur ! D'un coup de dent, il a arraché le nez du sommelier. Il a fallu le ligoter...

Il m'énervait, Le Corsu, avec son manque de sens moral... Alors pour lui donner une petite leçon, j'étais allé lui téléphoner, dans un cabaret voisin, en contrefaisant la voix d'absinthe-gommc de l'infortunée Loulou.

Mais il y a des gens qui ne comprennent pas la plaisanterie.

Gaston Derys - Le Nécrophone (1913)

Gaston Derys - Le Nécrophone (1913)

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