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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Fabrice Mundzik
Publié dans : #Mon Journal, #Jean Marbel, #Escargots, #Humour, #Rêve, #Gasteropodes

« À Escargotenville », signé Jean Marbel, est paru dans Mon Journal du 3 août 1907.

Le texte est accompagné de 4 photographies.

À lire aussi :

Serge - En vendant des huîtres un ancien dompteur prépare une féerie (1937)

 

À Escargotenville

Je viens de faire un voyage en un bien singulier pays. Figurez-vous que je reviens d'Escargotenville, du pays des Escargots.

Oh ! il est bien inutile de hausser les épaules. Moi aussi, pendant quelques heures, je n'ai pu y croire ; mais, en rentrant chez moi, j'ai développé les clichés photographiques que j'avais pris là-bas, et le résultat, je le mets sous vos yeux.

Je suis donc bien forcé d'admettre que mes souvenirs sont exacts et que je n'ai pas rêvé. Ce fut, je vous l'assure, tout à fait étrange,

À l'entrée de la ville, le Conseil municipal vint à ma rencontre. Le maire était un imposant colimaçon ventru à large coquille jaune, qui me fit, en allongeant et en raccourcissant ses cornes, une harangue dont j'eus d'abord de la peine à comprendre le sens.

Mais les événements eux-mêmes devaient m'instruire, car je n'avais pas fait quelques pas dans le pays que j'étais tombé en pleine fête. C'était la grande foire annuelle d'Escargotenville !

Ah ! mes amis, quel spectacle ! De tous les points de l'horizon il arrivait des familles entières d'escargots : père, mère, enfants, ceux-ci geignant et criant qu'on marchait trop vite. À la gare, les trains déversaient des voyageurs sans nombre ; il en descendait de dessus le toit des wagons ; ils grimpaient les uns par-dessus les autres, tombaient à plat ventre, se redressaient ensuite pour passer devant l'employé, reconnaissable à un petit galon de laine rouge qu'il avait autour du cou.

Charrettes, chars à bancs, cabriolets affluaient aux auberges, et des limaçons millionnaires arrivaient en automobile à une allure déconcertante pour tout le reste de la population. Ces autos marchaient avec tant de rapidité, — du 5 mètres à l'heure pour le moins, — que, malgré le poteau avertisseur Ralentir, un accident épouvantable se produisit au tournant du chemin. Justement je me disposais à ce moment à prendre une photographie, et vous pouvez voir quelle horrible scène ce fut que cette collision, où une voiture fut broyée, et où six limaçons — tous des meilleures familles — furent anéantis.

Mais sans doute faut-il croire que les escargots n'ont pas le cœur très sensible, car cette catastrophe ne refroidit en rien l'ardeur de ceux qui couraient, que dis-je, qui volaient vers les jeux. Auriez-vous jamais pensé que des colimaçons, ces humbles mollusques, avaient pour le toboggan un irrésistible penchant ?

L'air visiblement réjoui, tendant le cou, pointant une corne de-ci de-là, ils se laissaient glisser le long de la pente en spirale, absolument comme de petits fous.

Mais le clou de la fête, l'événement capital, celui qui réunit sur la place publique une foule qu'on ne peut évaluer, ce fut l'ascension du ballon dirigeable, — oui, dirigeable, — baptisé de ce nom orgueilleux : Escargot, en haut !

L'aéronaute ne tenait pas en place, et je crus un moment qu'il allait choir de la nacelle. Le moment du « lâchez tout » fut véritablement impressionnant. Le maire était au premier rang, toujours grave et solennel et, pour mieux voir, il allongeait le cou et tendait ses cornes avec une si vive curiosité, et ces cornes étaient si longues, si longues, que je ne pus m'empêcher, en le voyant, de murmurer la chanson de mon enfance :

Colimaçon borgne,

Prête-moi tes cornes ;

Si tu n'veux pas m'les prêter,

Je m'en vais te les couper !

Oh ! quelle stupide inspiration venait me mettre cet air-là en tête. Immédiatement, ce fut comme une tourmente, un cyclone. Les limaçons se ruèrent sur moi en bavant de rage, et heurté, bousculé, frappé, meurtri, je me retrouvai, je ne sais comment, assis sur le bord du chemin auprès de l'endroit où, naguère, le conseil municipal m'avait accueilli. D'Escargotenville il ne restait pas trace.

Par bonheur mon appareil photographique fut sauvé dans la bagarre, et je me réjouis lorsque je constatai qu'il y avait dans mes clichés de quoi intéresser et amuser les lecteurs de Mon Journal.

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

Jean Marbel - À Escargotenville (1907)

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