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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Fabrice Mundzik
Publié dans : #Georges Rollin, #Excelsior, #Aéronautique, #Guerre, #Astronautique, #Aviation, #Synergie, #Bibliogs

« La Conquête de l’air (Fragments) », du Lieutenant Georges Rollin, est paru dans Excelsior du 8 décembre 1911.

 

La Conquête de l’air (Fragments)

Le Rêve

Lorsqu’il se fut taillé sa place dans le Monde !
Et que, maître du feu, de la terre et de l’Onde
Il se crut l’égal de ses dieux.
L’Homme sentant peser sur lui l’azur immense.
De ce geste instinctif chez tout être qui pense
Au firmament leva les yeux.

L’infini sur son front élargissait son dôme ;
Et voici que soudain au cœur de cet atome
Germa ce désir de géant :
Bondir jusqu’à ce Ciel, énigme inviolée,
Et peut-être y trouver sur la page étoilée
Un autre mot que le Néant.

Tandis qu’autour de lui sans efforts et sans trêves
Montaient au fond des bois les parfums et les sèves
Et les chansons de chaque nid,
L’Homme, en face des cieux restés inaccessibles,
Sentait déjà son âme aux ailes invisibles
Appareiller pour l’Infini !

L’Aéroplane

L’Espace s’est empli de grands oiseaux étranges :
Dans le couchant qui met à leur blancheur des franges
D’une pourpre ardente de sang,
L’aile mince et rigide à l’horizon tendue.
Ils glissent enfonçant au cœur de l’étendue
Leur hélice au rythme puissant.

Ce n’est plus la nuée errante, c’est la flèche,
C’est la balle ou l’obus qui se creuse une brèche
Et prend l’air dompté pour appui,
Projectile vivant dont le Ciel est la cible,
Centaure ailé forçant dans sa course invincible
L’aigle épouvanté qui le fuit !

O prodige ! l’Esprit emportant son entrave
A fait de cette chair qui l’enchaînait l’esclave :
Voici qu’à l’axe d’un volant
La force est née, obscure et toujours prisonnière,
Qui donne un monde à l’homme, une âme à la matière,
Et délivre le cerf-volant.

Et le grand ramier blanc inerte tout à l’heure
A frémi sous le souffle embrasé qui l’effleure,
S’élance et, cabrant son effort,
Soudain, comme arrêté, sans heurt monte aux étoiles.
Avec ce bercement presque irréel des voiles
S’éloignant peu à peu du port.

Puis il descend d’un vol plané qui se prolonge,
Revient, s’attaque au vent, vire en tous sens et plonge
Et se rit de la pesanteur ;
Tandis que l’ouragan le flagelle et l’insulte,
Le pilote, attentif à ce cœur qu’il ausculte,
Écoute chanter son moteur !

Et cet audacieux, pour essayer son aile,
Bientôt dans le sillon mouvant de l’hirondelle
Franchira l’abîme des mers,
N’ayant comme soutien que deux toiles qui tremblent,
Et pour braver le ciel ces fils d’acier qui semblent
Le prolongement de ses nerfs.

Quel geste de grandeur dans ces frêles antennes
Allant tenter l’assaut des montagnes hautaines
Jusqu’au silence du glacier.
Emportant ce héros de vingt ans intrépide
Qui, les sommets vaincus, clans un remous stupide
Vient briser sa gloire à leur pied !

L’Avenir

Mais quand un soldat tombe, un autre le remplace !
Ainsi, le cœur trempé par ces grands souvenirs,
Les héros de demain vont voler sur la trace
Tiède encor du sang des martyrs.

Plus vite chaque jour et plus haut que la veille,
Les êtres de clocher en clocher s’essaimant.
Le travail et la vie avec un bruit d’abeille
Envahiront le firmament.

Parfois sur la bataille, ainsi que des rapaces,
Nos grands oiseaux de guerre obscurciront les cieux
Pour qu’en bas dans la lutte implacable des races
On puisse encor s’étreindre mieux.

Puis l’amour étendra son pardon sur nos haines
L’air aura tant grisé l’Homme de sa douceur
Que cette paix profonde éparse dans ses veines
Emplira peu à peu son cœur.

Alors chacun de ceux que le sort déshérite
Pour bercer sa souffrance ou dorer ses haillons
Aura là-haut, patrie unique et sans limite,
Sa part d’azur et de rayons.

Et quand la Terre ayant épuisé ses années
Aura senti la Mort glacer ses profondeurs,
S’écrouler pour toujours sous les mers déchaînées
Les vestiges de nos splendeurs,

D’un coup d’aile peut-être, échappé du désastre,
L’Homme, continuant l’essor originel,
Ira féconder l’Ombre et tracer d’astre en astre
Un sillon de vie éternel !

 

Bibliogs / A.D.A.N.A.P. : Synergie !

Lieutenant Georges Rollin - La Conquête de l’air (Fragments) (1911)

Lieutenant Georges Rollin - La Conquête de l’air (Fragments) (1911)

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