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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Publié le par Fabrice Mundzik
Publié dans : #Clara, #Henriette Robitaillie, #La Semaine de Suzette, #Cirroco Jones, #Noël Gloessner, #Préhistoire, #Mammouths

"Minouk, l'amie du Mammouth" est un feuilleton signé Clara et illustré par Noël Gloessner [Merci à Cirroco Jones pour cette information]. Il fut publié en 4 épisodes dans La Semaine de Suzette, du n°10 (2 février 1956) au n°13 (23 février 1956), puis repris dans la reliure Album n°5.

Clara est un des pseudonymes utilisés par Henriette Robitaillie, ce que nous confirme le sommaire qui crédite H. Robitaillie pour "Minouk, l'amie du Mammouth". Un autre texte de ce même auteur est en ligne sur le blog : "Le petit Diplodocus", illustré par Paul de Combret (1953).

 

Afin d'améliorer la lisibilité du texte, la mise en ligne respecte le découpage original :

Partie 1 / Partie 2 / Partie 3 / Partie 4

 

Minouk, l'amie du Mammouth (Partie 1)

CHAPITRE PREMIER

UNE FILLETTE ABANDONNÉE DANS LA FORÊT

 

Minouk était restée si longtemps sans bouger, engourdie de froid et de peur qu'elle avait fini par s'endormir d'un sommeil lourd et fiévreux. Elle était très musclée, mais si mince qu'aucun ennemi ne l'avait devinée sous les lourdes peaux de bêtes qui la cachaient. Et ces peaux elles-mêmes, vieilles et usées, n'avaient pas tenté l'agresseur, bien qu'il eût emporté les fourrures fraîches, les récipients de terre et les armes de silex.

Ce fut un chant d'oiseau qui éveilla enfin Minouk. Et elle n'osa pas tout de suite se lever, n'en croyant pas ses oreilles. Comment les oiseaux osaient-ils encore chanter ? Enfin, elle comprit ce que cela signifiait : la horde des Loups Sauvages s'était éloignée et le jour était venu.

Elle sortit avec précaution de sa cachette : la hutte pillée avait conservé ses parois et son toit de branches tressées. Au fond une sorte de banquette de terre servait de lit, au milieu le feu brûlait ordinairement entre des pierres. Mais le feu était éteint ! Le puits qui servait à jeter les ordures bâillait, menaçant. Minouk eut envie de revoir le soleil et sortit très vite.

Tout autour d'elle le village était désert et la plupart des huttes détruites. On n'entendait pas une voix !

La petite fille frissonna. C'était sinistre, bien que le paysage fût si beau autour du village détruit. Il était bâti sur les derniers contreforts d'une montagne élevée dont on pouvait voir la cime neigeuse très haut dans le ciel. Tout autour s'étendaient des forêts touffues, mais elles s'éclaircissaient du côté du couchant, laissant deviner une plaine et l'eau miroitante d'un lac.

Minouk marcha entre les huttes pour se réchauffer car elle ne pouvait pas s'empêcher de trembler. Tout à coup il lui sembla entendre un gémissement. Cela venait d'une cabane en ruines. Elle se laissa couler contre le sol de façon à pouvoir parler au ras de terre.

— Qui est là ?

— Moi, Zor... Oh ! j'ai peur...

Zor était son amie. Minouk fut tout heureuse de la savoir vivante. Elles avaient joué bien souvent ensemble, leurs mères leur avaient appris en même temps à coudre les peaux avec une arête de poisson et elles savaient trapper le petit gibier. Es-tu blessée ? demanda Minouk.

— Non. Mais le toit est tombé et je ne peux pas bouger. Minouk était forte et robuste ; elle souleva des poutres, tira des branches et finit par dégager Zor. Alors les deux petites filles se regardèrent, sans rien dire, mais contentes et rassurées parce qu'elles n'étaient plus seules au monde.

— Qu'est-il arrivé ? demanda enfin Zor. Je n'ai pas bien compris. Tout d'un coup il y a eu des cris épouvantables. Il m'a semblé que le monde s'effondrait. Et maintenant les huttes sont détruites et il n'y a plus personne. Où sont nos parents ? Nos frères ? Et tous les autres ?

— Tu as entendu parler de la tribu des Loups Sauvages ?

— Oui, ce sont de méchants hommes. Ils habitent plus haut, dans les grottes de la montagne.

— Ils sont descendus... J'ai entendu l'autre jour jour, le grand sorcier, en parler à mon père. Là-haut les Loups avaient de plus en plus froid et de moins en moins à manger. Alors ils ont décidé d'aller habiter les plaines par-delà le grand fleuve, Mais en passant ils saccagent tout ce qu'ils rencontrent sur leur chemin.

Zor regarda attentivement autour d'elle.

— Ont-ils tué tout le monde ?

— Non. Tu vois bien...

Il n'y avait en effet ni cadavre, ni blessé dans le village en ruines. Sans doute ses habitants, après s'être battus, avaient-ils été contraints de fuir dans la forêt. Minouk et Zor avaient été oubliées. Leurs mamans s'occupaient des bébés tout petits qu'il fallait sauver.

— Nous sommes fortes, dit Minouk, la tribu savait bien que nous saurions nous débrouiller seules. Tu viendras habiter avec moi puisque tu n'as plus de hutte.

Zor accepta et les deux petites filles, qui avaient faim, ramassèrent des baies dans les sous-bois et pêchèrent des poissons au pied de la cascade qui tombait de la montagne. Il y avait là une sorte de bassin rond creusé par la chute et des poissons y nageaient. Zor savait pêcher à la façon des ours, laissant traîner sa main dans l'eau et faisant sauter brusquement sur la rive le poisson qui passait à sa portée.

La journée passa ainsi, rassurante et ensoleillée, puis l'ombre de la montagne s'allongea jusqu'à la vallée et il fit noir dans les sous-bois.

— Allons dormir, dit Minouk.

 

CHAPITRE II

L'OURS GÉANT SORT DE SA TANIÈRE

 

Dans la nuit Zor se réveilla. Elle resta d'abord immobile, les yeux ouverts, se demandant ce qui l'avait éveillée. Minouk, épuisée, dormait toujours. Mais l'instinct de Zor ne l'avait pas trompée... Bientôt elle entendit un pas lent et lourd.

— Les hommes reviennent-ils ? se demanda-t-elle. Ceux de la tribu ? Ou les ennemis ?

Des branches furent cassées brutalement et une sorte de grondement bas et prolongé retentit.

Cette fois Minouk se dressa à son tour sur sa couchette.

— Qu'est-ce qui se passe ?

— Je ne sais pas.

— Il faut aller voir.

Minouk rampa à l'extérieur de la hutte. D'abord, elle ne fit rien. Puis un nuage s'écarta, la clairière et la forêt furent tout illuminées de clair de lune.

Alors la petite fille retint mal un cri. Elle sentit la main de Zor se crisper sur son bras. Sa petite amie l'avait suivie pour ne pas la laisser courir seule un danger.

Le cœur battant, les deux enfants regardaient...

Une silhouette gigantesque fouillait les ruines d'une hutte voisine avec des grognements caverneux.

— C'est le Grand Ours, souffla Minouk, il est descendu de la montagne.

Elle n'avait jamais vu le Grand Ours, mais elle en avait entendu parler par les chasseurs. Les plus braves craignaient ce géant qui pouvait tuer un homme d'un seul coup de patte.

La faim et peut-être le passage de la horde ennemie avaient fait sortir le monstre de sa tanière. L'ours soudain tourna la tête en grondant. Peu à peu le grondement devint un véritable rugissement.

— Il nous a vues, souffla Zor.

— Ou plutôt senties ; rentrons vite.

Elles se rejetèrent vivement à l'intérieur de la hutte et se blottirent l'une contre l'autre à l'endroit le plus éloigné de la porte. Celle-ci (ou du moins le trou qui en tenait lieu) était heureusement très basse, il fallait se courber pour le franchir.

— Le Grand Ours ne pourra pas entrer, fit Zor.

— Mais la hutte n'est pas solide. Il peut l'aplatir d'un coup d'épaule.

Le Grand Ours ne s'en rendit pas compte heureusement : de plus en plus irrité, il tournait autour de la hutte, cherchant une entrée. Enfin il distingua l'ouverture ronde et basse, il retomba sur ses pattes...

Et les enfants terrifiés virent l'énorme bête, aux yeux sanglants, aux crocs menaçants, s'encadrer dans la porte.

— Si nous avions du feu ! soupira Minouk.

Le feu est la seule défense des faibles contre les fauves. Mais le feu était mort !

— Il reste la cendre, chuchota Zor.

A pleines mains les petites filles saisirent la cendre et la jetèrent sur la grosse face hideuse. Le fauve poussa un rugissement terrible : la cendre l'aveuglait, lui piquait les yeux. Il se dégagea de l'ouverture et se mit à se frotter les paupières de ses deux grosses pattes, tout en tournant en rond dans la clairière. Alentour les bêtes des bois se terraient, muettes d'horreur.

— Il va revenir furieux, gémit Minouk. Il n'y a plus rien à faire.

— Il faudrait quelqu'un de très puissant pour nous protéger !

 

(A suivre.)

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth", illustré par Noël Gloessner (1956)

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth", illustré par Noël Gloessner (1956)

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth" (1956) [1/4]

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth", illustré par Noël Gloessner (1956)

Clara [H. Robitaillie] "Minouk, l'amie du Mammouth", illustré par Noël Gloessner (1956)

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