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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

Maurice de Waleffe « Autour de la mode » in Les Modes : revue mensuelle illustrée des arts décoratifs appliqués à la femme n°209 d'octobre 1921.

 

Autour de la mode

Les Modes ne sont pas autre chose que les efforts perpétuels de l'homme vers la beauté. Nous drapons-nous mieux ou moins bien que les peuples antiques ? Sommes-nous plus vilains ou plus jolis à regarder que les habitants de Ninive ou de Thèbes aux Cent Portes ? Mon Dieu ! Chaque vêtement a son style, donc son charme.

Quand on voit avec quelle facilité nos yeux passent de la jupe courte à la jupe longue, ou de la taille de guêpe à la blouse lâche, on peut dire que chacun de nous, s'il vit seulement soixante ans, aura connu cinq ou six profils de femmes, aussi différents l'un de l'autre que l'Egyptienne des Pyramides pouvait différer de la matrone romaine ou de la châtelaine du moyen-âge.

Cependant, c'est toujours le même bonbon dont nous nous ingénions tous les dix ans à varier l'enveloppe de papier de soie ou de papier doré. La question de savoir si notre espèce, avec les siècles, marche vers un embellissement progressif, ou vers un enlaidissement irrémédiable, n'est pas une question de toilette, mais d'anatornie, et celle-ci change très lentement. Nous possédons des squelettes préhistoriques qui remontent à cent mille ans, et différent à peine de notre squelette actuel. Pour étudier la marche de l'humanité, il faut compter, non plus par siècles, mais par périodes presque incommensurables comme, par exemple, lire notre avenir dans la planète Mars.

Je crois Mars habité par des êtres qui nous ressemblent. Pourquoi ? Parce que son sol et son climat sont sensiblement pareils aux nôtres. Mars tourne deux fois plus lentement que nous autour du Soleil, ce qui lui donne des étés deux fois plus longs et un peu plus chauds, à telle enseigne que la calotte de ses glaces polaires fond entièrement, ce que ne fait jamais la nôtre. Mais comme les Martiens sont plus éloignés du soleil, ceci compense cela, et l'été polaire doit y être encore très supportable.

Leur hiver de six mois doit, par contre, être plus rigoureux, et il est croyable que l'humanité martienne émigre alors régulièrement vers l'équateur, comme font chez nous les oiseaux frileux. En bloc, la nature martienne doit être ce qui, dans l'Infini, ressemble le plus à la nature terrestre. Sa flore et sa faune en découlent et celle de ses espèces animales qui a développé sa conscience nerveuse et intellectuelle (au point de jouer là-haut le rôle que joue ici bas notre espèce humaine) doit différer de nous beaucoup moins que certains romanciers comme Rosny ou Wells ne l'ont imaginé.

Une seule différence pourtant et elle n'est pas négligeable ! Mars, boule de feu lancée par le Soleil dans l'espace avant la Terre, et moitié plus petite que la Terre, a deux raisons pour s'être solidifiée longtemps avant notre globe. L'humanité martienne est donc apparue plus tôt. Elle est aujourd'hui notre aînée de plusieurs millions de siècles. Qui la verrait, verrait donc ce qui attend notre propre espèce dans l'avenir.

Serons-nous fixés là-dessus en 1924 ?

Un savant américain a trouvé au Chili un puits de mine, large de quinze mètres, dont l'orifice est dirigé vers le point du ciel où l'orbite de Mars doit passer cette année-là, et plus près de la Terre qu'elle n'a passé depuis cent ans. Il va convertir ce puits en tube télescopique, en disposant au fond une cuvette de mercure qui formera miroir, obtenant ainsi des objets grossis 25 millions de fois. Mars n'étant à ce moment qu'à 60 millions de kilomètres, on nous promet qu'elle sera visible comme si elle était rapprochée à deux mille cinq cents mètres, une demi-lieue.

Hélas ! À une demi-lieue, quand même les Martiens auraient la taille d'un éléphant, nous distinguerons encore fort mal leur silhouette ! Ils n'apparaîtront que comme un confus grouillement de puces, qui ne permettra aucune analyse esthétique. La question de savoir si cette humanité plus vieille que la nôtre est devenue plus belle ou plus laide ne sera donc pas encore tranchée en 1924. Il faut faire notre deuil de connaître les jolies femmes de Mars, et, par la même occasion, d'entrevoir, même vaguement, vers quel type esthétique évolue notre humanité terrestre.

Nos Couturiers en seront marris. C'était pour eux une aventure providentielle. Songez donc ! Au lieu d'être réduits à fouiller dans les modes d'hier, pouvoir annoncer la mode de l'avenir ! Toutes nos danseuses de tango auraient voulu s'habiller en Martiennes ! Ce sera pour une autre fois...

Attendez pourtant ! Il est probable que les Martiens, sous leur firmament sans nuage, si favorable aux observations astronomiques, ont depuis beau temps l'œil fixé sur nous. Ils nous voient, si nous ne les voyons pas ! Ils ont déjà dû nous faire maints signes lumineux. Ces signaux le jour, ou plutôt la nuit, où nous passerons à deux kilomètres et demi de leur planète, ce sera bien le diable si nous ne les apercevons pas ! Il ne nous restera qu'à les imiter à la surface de notre globe, pour inaugurer à travers l'empyrée le premier système de télégraphie optique.

Sans doute, nous serons d'abord, vis-à-vis des Martiens, comme de pauvres sauvages apercevant pour la première fois les feux d'un bateau européen. Mais les savants de là-haut feront comme les nôtres font avec les indigènes de l'Océanie. Ils auront la patience de se mettre à notre portée. Ils commenceront par nous expliquer les choses les plus élémentaires. Et, de même que les missionnaires protestants qui vont évangéliser les Polynésiens commencent par leur faire porter des pantalons, vous verrez que les premières dépêches, échangées en lettres de feu à travers la nuit des espaces sidéraux, seront pour nous apprendre comment on s'habille sur la planète Mars !

A lire aussi :

La Baronne S'Tap - À la manière de..... Wells : Anticipations sur la Mode (1925)

 

EDIT : Roxane Lecomte nous précise que ce texte fut repris dans le recueil "Merry Christmas from Mars" en décembre 2012. Ce "magazine-ovni vintage from outerspace" est à télécharger ICI. Au sommaire :

  • L’Éditorial de Chapal
  • Les planètes sont-elles habitées ? par Le Hublot dans La Semaine Politique et Littéraire de Paris du 6 Octobre 1912
  • Les habitants de la planète Mars nous font-ils des signaux ? par Jean Lecoq, dans le Petit Journal Illustré du 18 septembre 1921
  • La nuit où les Martiens débarquèrent par Edwin James, dans le Reader’s Digest d’avril 1951
  • Ces savants prennent les soucoupes au sérieux par J. Allen Hynek, dans le Reader’s Digest de mai 1967
  • La conférence de Washington et le partage de l’Espace par André Mas dans Le Pionnier de septembre 1922
  • Mars en Octobre par Auguste Germain dans le Touche à tout d’Octobre 1909
  • Autour de la mode par Maurice de Waleffe dans Les Modes d’Octobre 1921
  • Fantaisie martienne par Maurice Olivaint, dans les Annales Africaines du 26 janvier 1922
  • Le Docteur Oméga — Extraits par Arnould Galopin dans Le Docteur Oméga (Aventures de trois Français dans la planète Mars)
  • La vérité sur la planète Mars par Henriot dans Le Journal Amusant du 15 septembre 1894

Pour information, Roxane Lecomte a aussi illustré une série de 4 ebooks signés J.-H. Rosny aîné et édités par publie.net, dans la collection ArchéoSF.

Maurice de Waleffe « Autour de la mode » in Les Modes : revue mensuelle illustrée des arts décoratifs appliqués à la femme n°209 d'octobre 1921.

Maurice de Waleffe « Autour de la mode » in Les Modes : revue mensuelle illustrée des arts décoratifs appliqués à la femme n°209 d'octobre 1921.

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ADAM 01/09/2017 17:15

Maurice de Waleffe n'est pas seulement le fondateur du concours Miss France en 1920. Il écrit en janvier 1913 dans "Paris-Midi" (journal nationaliste qu'il dirige) un texte invitant un anarchiste à tuer l’archiduc-héritier d’Autriche-Hongrie François-Ferdinand afin d’épargner des fleuves de sang et de larmes et un autre appelant à tuer Jaurès en juillet 1914.
Il a eu peut-être la grande satisfaction d'avoir été entendu.

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