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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

« Le Pséphographe », article signé Henry Bidou, fut publié dans la rubrique « Au jour le jour » du Journal des débats politiques et littéraires (16 septembre 1906) :

 

AU JOUR LE JOUR

LE PSÉPHOGRAPHE

On voit à l'Exposition de Milan une machine à voter, et le principe en est si simple qu'on s'étonne qu'elle soit inventée si tard. Qu'on imagine une boîte étroite et haute, comme celle d'une comtoise, ou comme ces appareils qui, avalant dix centimes, laissent choir une tablette. Cette boîte porte sur sa face antérieure un nombre convenable de fentes. Le votant introduit dans la fente  un disque, que vient de lui tendre le président du scrutin. Ce disque déclenche à l'intérieur deux mécanismes : l'un qui fait apparaître à un totalisateur le chiffre des votes exprimés ; l'autre qui fait apparaître le nombre des votes émis en faveur de chaque opinion ; ces chiffres apparaissent au revers de la machine et peuvent être facilement masqués jusqu'à la fin du vote. Le disque cependant après avoir par sa chute grossi d'une unité le total général des votes et le total des suffrages accordés à l'opinion du votant, sort de l'appareil pour être remis au citoyen suivant, et recommencer son office.

Il va de soi que ce Pséphographe pourrait être utilisé pour les élections. Il suffit pour assurer le secret du vote d'entourer les fentes d'un entonnoir où la main du votant va désigner dans l'ombre l'opinion de son choix. Comme symbole de ce rôle électoral, le disque porte en exergue la plus ancienne mention qui soit connue du régime parlementaire, et qui est une phrase de Tacite sur les Germains : De minoribus rebus principes consultant, de majoribus omnes. Mais l'inventeur, M. Eugenio Boggiano attend de l'appareil beaucoup d'autres services.

A l'Exposition, dans le pavillon de la Paix, il invite les passants à répondre a cette question : « Préférez-vous la paix armée ou le désarmement progressif. » On cite le vote de M. Luzzatti, qui, comme ancien ministre du Trésor, a voté pour le désarmement.

Que de referendums ne pourrait-on pas établir ! Le Théâtre illustré de Milan a ouvert un concours de pièces qui sera jugé par le nombre des spectateurs. Le Pséphographe enregistrera les entrées. Quelle facilité pour la statistique ! Les problèmes les plus ardus se résoudront avec une facilité incroyable. Non seulement on connaîtra avec la certitude qu'on peut accorder à un enregistrement automatique, le nombre annuel des entrées dans tous les lieux où ces appareils seront établis, clubs, bibliothèques, musées, — mais avec un peu de bonne volonté de la part du public on pourra répondre à des questions bien plus délicates. On érigera des boites dans les carrefours, pour les magnanimes neveux de Rémus. Ce ne sera plus qu'interrogations de toutes sortes et disques tendus au paisible promeneur. Le savant de Labiche, qui calculait combien de veuves passent en un an sur le Pont-Neuf, paraîtra un écolier. Et la statistique devenue infaillible dans ses opérations, n'aura plus à compter qu'avec la malice humaine, plus encline à fausser les données d'un vote à mesure qu'étant plus simple et plus commun il paraîtra à tort moins respectable ; laquelle malice est malheureusement infinie.

Henry Bidou

Ci-dessous : illustration parue dans Le Temps du 31 mai 1910.

La Réforme Électorale : Le Vote automatique (1906-1911)

La Réforme Électorale : Le Vote automatique (1906-1911)

« La Réforme Électorale : Le Vote automatique » est le titre d'un article anonyme, paru dans Le Radical du 6 mars 1911 :

 

LA RÉFORME ÉLECTORALE

LE VOTE AUTOMATIQUE

La commission du suffrage universel a terminé l'élaboration du projet de la réforme électorale et le gouvernement annonce qu'il le fera sien. Le moment est donc venu de se préoccuper des modalités pratiques d'application.

Recueillir, dénombrer et totaliser automatiquement, sans erreur possible, un suffrage quelconque avec toutes les garanties juridiques prescrites par la loi et en faire connaître le résultat aussitôt après le dernier vote exprimé, tel est le problème complexe que M. E. Boggiano a simplement résolu par la machine à voter le Pséphographe.

Fonctionnement de la machine

La construction de la machine repose sur deux principes simples : la gravité et un système multiple de leviers.

Elle est, de ce fait, indéréglable.

Sur la face arrière, couverte à sa partie supérieure par une glace, est ménagée une niche contenant autant d'ouvertures, de la taille et forme exacte du jeton, qu'il y a d'opinions à exprimer.

Dans un cas d'élection, on ajoutera le nom du candidat ou une couleur (pour les illettrés) ou encore sa photographie.

Dans un cas de referendum nous nous trouverons en présence de trois formes de l'opinion : POUR, CONTRE, ABSTENTION, qui peuvent étre représentés par trois numéros : 1, 2, 3.

Chaque votant, après avoir présenté au contrôle de l'inspection son titre à voter, reçoit le jeton d'un poids déterminé et frappé. Il l'insère dans l'ouverture ou fente correspondante soit au choix de son opinion, soit au nom de son candidat. Le jéton, en glissant, fait déclancher un levier et ressort instantanément. Ce déclanchement agit sur un compteur à tambour qui entraîne à la fois le cylindre porteur des chiffres totalisateurs des votants, toujours en vue du public, et celui, caché à tous, du vote exprimé. Les chiffres de ce dernier sont recouverts par un cadre métallique fermant à clé et que l'on n'ouvre qu'après le dernier vote.

L'opération terminée, le jeton est immédiatement remis au votant suivant, et ainsi de suite. Chaque vote s'est donc distribué automatiquement dans la case enregistreuse respective.

La nouvelle machine à voter a reçu ses premières applications pratiques en Italie, à Turin, à l'occasion d un référendum populaire sur une importante question de voirie organisé par le journal la Gazetta del Popolo. A l'aide de deux machines seulement, ont put centraliser 37.000 suffrages.

A Rome, au théâtre Argentina, au mois de mai 1908, le « Pséphographe » enregistra l'opinion du public sur une importante pièce dramatique, et, tout dernièrement, le 10 avril 1910, pour la première fois la ville de Milan autorisa officiellement l'emploi de cette machine dans un vote public sur la municipalisation de l'énergie électrique de l'Adda (voir le Temps du 19 avril-31 mai 1910).

Comme suite à la constatation de ces brillants résultats, les plus importantes municipalités des villes d'Italie : Rome, Turin, Florence, Gênes, Milan, Naples, signaient une demande officielle à M. Luzzatti, président du conseil des ministres pour décréter l'emploi du « Pséphographe » dans les referendum municipaux prescrits par la loi (mai 1903) sur la municipalisation des services publics.

Le vote à la Chambre

Comme le problème du secret, de la sincérité et de la rapidité du vote se pose également dans tous les pays du monde et dans tous les Parlements, il pourrait être intéressant de considérer et d'étudier les remarquables services qu'on peut tirer de l'application du « Pséphographe » dans les votations à la Chambre et au Sénat.

La proposition de M. Georges Berry, adoptée le 17 juin, instituant le vote personnel à la tribune sur toutes les question de validation ou d'invalidation d'élections, offre en effet un intérêt tout particulier à l'adoption du vote automatique.

La difficulté d'étendre le vote personnel à beaucoup d'autres questions est précisément d'ordre pratique. Le scrutin public à la tribune dure plus de quarante minutes et plusieurs scrutins au cours d'une séance feraient perdre à la Chambre un temps précieux.

Il suffit d'installer deux machines à la tribune ; les députés n'auraient qu'à défiler devant lesdites machines et placer le jeton métallique en correspondance des indications du POUR, du CONTRE ou de l'ABSTENTION, tandis que deux sténographes n'auraient en même temps qu'à enregistrer leurs noms.

Immédiatement après le dernier votant, il suffit de constater le résultat du scrutin, enregistré visiblement au fur et à mesure devant toute l'assemblée, sans erreur possible.

En dix ou douze minutes, avec une série de machines, on peut avoir plusieurs scrutins à la fois, avec une économie de temps et d'une précision que refusent, ainsi que le démontre chaque jour, les systèmes employés aujourd'hui encore faute de mieux.

L'examen et l'essai de la machine à voter s'imposent donc à la commission du suffrage universel.

La Réforme Électorale : Le Vote automatique (1906-1911)

La Réforme Électorale : Le Vote automatique (1906-1911)

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