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Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Amicale des Amateurs de Nids à Poussière

Le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière (A.D.A.N.A.P.) est un lieu de perdition dans lequel nous présentons revues, vieux papiers, journaux, ouvrages anciens ou récents, qui s'empilent un peu partout, avec un seul objectif : PARTAGER !

"Un Cauchemar : La planète Mars", de Charles Collomb, fut publié en 2 parties dans L'Évolution algérienne et tunisienne n°10 du 11 décembre 1909 et n°12 du 1er janvier 1910.

Le texte n'est pas illustré.

Charles Collomb était le co-directeur de cette "revue hebdomadaire, littéraire, politique, scientifique, artistique, sportive".

Un « explorateur aérien » raconte à Camille Flammarion son voyage dans «  dans l'au-delà atmosphérique »...

 

A lire aussi :

Bernard de Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des Morts" (J. Bossange et Tenon - 1821)

Peut-on communiquer avec Mars ? Le grand astronome Flammarion révèle son opinion (1920)

Raphael Diligent "Une excursion en Mars" (1923)

Lacroix & Lortac "Bibi Fricotin et les Martiens" (S.P.E. - 1955)

Jijé "Blondin et Cirage découvrent les Soucoupes Volantes" (Dupuis - 1956)

Lucien Barnier "Bientôt : Au pôle sud le premier astroport de la terre" (1960)

Anonyme "Pouvons–nous savoir comment sont faits les êtres vivants des autres mondes ?" (1963)

Charles Collomb - Un Cauchemar : La planète Mars (1909-1910)

Charles Collomb - Un Cauchemar : La planète Mars (1909-1910)

Un Cauchemar

Depuis quelque temps, des savants et non des moindres, semblent être possédés par l'amoureux désir de communiquer avec la planète Mars et chacun préconise un moyen qu'il croit devoir être le bon.

LE PETIT JOURNAL.

 

La planète Mars

— M. Flammarion, je suis l'explorateur aérien...

— Ah ! ah ! donnez-vous donc la peine de vous asseoir et contez-moi, je vous prie, vos aventures dans l'au-delà atmosphérique ; vos déclarations feront faire des pas de géant à la Science !

— Je vais essayer d’acquiescer à votre désir...

Comme vous le savez, il y a longtemps que je m'occupe d'aérostation. Durant ma longue carrière, j'ai expérimenté une multitude de systèmes depuis l'ancêtre des ballons, le Montgolfier, jusqu'au Zeppelin. Tout d'abord, devant les soi-disantes miraculeuses sorties des frères Wright, après la fameuse traversée de la Manche par Blériot, j'ai cru que l'avenir était aux « plus lourds que l'air » et que les aéroplanes détrôneraient les ballons.

C'était une erreur profonde ! L'aéroplane n'aura jamais l'utilité préconisée... Son principe repose sur l'excès de vitesse de même que l'obus se maintient dans les airs durant un certain laps de temps parce que projeté violemment, il acquiert une vitesse, mais cette dernière s'affaiblit bientôt au contact de la résistance de l'air et alors, l'obus tombe fatalement.

Le véhicule à Blériot n'a qu'un avantage sur l'obus, c'est qu'il dispose d'un moteur qui lui permet de conserver plus longtemps cette vitesse acquise. Mais que ce moteur cesse de fonctionner, l'aéroplane n'étant plus actionné, il tombera forcément.

De cette impossibilité de stationner découle l'inutilité de ce nouveau moyen de locomotion à travers les airs tout au moins comme véhicule de destruction.

Il est en effet inconcevable que filant du 200 à l'heure, il puisse avec précision, laisser tomber un explosif sur un navire qui se meut lui aussi. Et puis, il y a encore la question des munitions à porter qui est loin d'être solutionnée.

— Allez, M. Flammarion, l'Allemagne et l'Angleterre peuvent se tranquilliser, les aviateurs ne sont pas encore prêts d'anéantir leurs flottes. En admettant même que ceux-ci puissent stationner ou pour mieux dire « planer », ils ne pourront jamais le faire de suffisamment haut pour être à l'abri des représailles par suite de la diminution de la densité de l'air qui entraîne un affaiblissement des points de sustentation.

Je ne m'attardai pas à ce système selon moi défectueux. D'ailleurs ce dernier défaut le rendait impropre à mes projets.

Je voulais... escalader les nues, sonder le mystère de la voûte céleste, je supposais les astres habités... je voulais m'en assurer !

Comment effectuer cette escalade ? Ah ! je me suis creusé le cerveau pour en trouver le moyen. J'en ai machiné des plans et des plans ! Un jour le hasard fit jaillir ce que j'avais vainement cherché jusque là : il manquait quelque chose au ballon Lebaudy pour devenir un parfait véhicule aérien ; je trouvai cette chose qui m'assura désormais la « dirigeabilité ». Je ne vous en causerai pas plus amplement, ce secret appartient à la France maintenant !

Persuadé que j'aurais la maîtrise des vents les plus contraires, je construisis le « Perce-ciel », dix mois plus tard, après l'avoir chargé des provisions et des instruments nécessaires, je coupais le filin qui le retenait à la terre.

20.000 mètres ! j'atteignis cette hauteur ! une cloison de nuages s'étendait entre la terre et moi. 20.000 mètres ! et le « Perce-ciel » venait de s'immobiliser subitement.

J'eus bientôt compris la cause de ce brusque arrêt ; mes calculs ne m'avaient point trompés lorsqu'ils avaient évalué à 40.000 mètres d'épaisseur de la couche atmosphérique... Je me trouvais entre... deux airs... 20.000 mètres au-dessus, 20.000 mètres au-dessous, là résidait le secret de l'immobilité de mon aérostat.

A ce moment une pensée horrible me traversa l'esprit : si j'allais ne plus pouvoir bouger d'ici ?... oh ! quelle mort affreuse alors ! j'en frémis encore lorsque j'y songe.

Mais j'avais prévu le cas ; il me suffirait de dépasser le 20.000e mètres pour continuer à m'élever ensuite sans difficulté. J'actionnai un moteur, une forte secousse ébranla le « Perce-ciel » qui s'éleva violemment. La poussée atmosphérique du bas devenu plus forte que celle du haut, il reprit sa marche ascensionnelle.

La couche transparente s'étendait à perte de vue. Le blanc laiteux des vapeurs terrestres tel un blanc tapis s'étalaient au-dessous ; au-dessus quelque chose de flou, d'indescriptible, d'inquiétant... ; une planète peut-être, ombrait la voûte céleste.

Tout autour de moi, pas un être animé, un silence de mort !

40.000 m. ! mes calculs m'avaient donné ce chiffre comme épaisseur de la couche atmosphérique. Qu'allais-je trouver après ? le Néant ? la Mort ? et à mesure que le « Perce-ciel » montait, l'angoisse m'étreignait plus horriblement.

Je consultait mon « altusomètre » ; quelques centaines de mètres encore me séparaient de la limite extrême présumée de l'air respirable.

Je crû devoir prendre quelques précautions, je fermai hermétiquement la nacelle et mis en marche mon appareil à air.

Charles Collomb - Un Cauchemar : La planète Mars (1909-1910)

Charles Collomb - Un Cauchemar : La planète Mars (1909-1910)

Un Cauchemar

La planète Mars

(Suite et fin)

Un nouvel arrêt venait de se produire, et ce que je vis m'effraya vivement. Au-dessus de nous et sur des kilomètres d'épaisseur, des blocs énormes descendaient et remontaient mus par une force mystérieuse. Au risque de me faire tuer, je hasardai la tête hors la nacelle ; un trouble étrange m'envahit alors, il n'y avait plus d'air dans cette région bizarre, plus d'air, c'était le vide ! Précipitamment je portai à la bouche le tuyau de mon appareil à air, il était temps, je suffoquais !

Des blocs de la grosseur d'une maison frôlèrent le « Perce ciel » sans lui causer le moindre dommage et je me remémorai les fameuses expériences sur le vide du Grand Newton.

Où étais-je au juste ? il m'aurait été difficile de le dire ; autour de moi c'était le va et vient incessant et effrayant d'une multitude de corps infimes ou énormes. N'était-ce point la « voie lactée » que l'on suppose être formée d'un amas de poussières cosmiques ? tout me le laisse croire.

L'ascension devenait intéressante, passionnante même. J'actionnai de nouveau le moteur et ce fut une navigation fantasque. A tout instant il me semblait que j'allais être écrasé sous un de ces lourds bolides mais c'est à peine si ces derniers nous frôlaient à la façon d'une caresse et le « Perce ciel » continuait sa course vers l'Inconnu au milieu de ces corps qui, n'ayant plus de poids dans le vide, ne pouvaient lui faire le moindre mal.

Je levai la tête à un moment donné et, scrutant le ciel, je vis se dessiner plus nettement la masse noirâtre aperçue tout d'abord.

80.000 mètres ! l'altusomètre accusait cette hauteur et la masse noirâtre, selon mon hypothèse n'était plus qu'à 20.000 mètres environ.

Une nouvelle panne me prouvait comme au départ que je me trouvais entre « deux airs ». 20.000 m. au-dessus, 20.000 au-dessous...

Le soleil dardait toujours ses rayons de feu et cependant si j'en crois la justesse de mon chronomètre, il était 8 h. du soir.

Actionné violemment, le moteur fit battre les deux ailes du ballon et ce dernier encore une fois s'éleva triomphalement dans les airs.

Enfin, j'allais connaître ce que tous les mortels ignoraient encore, savoir si les astres étaient habités, si somme toute, les étoiles qui scintillent par millions de par le firmament étaient d'autres terres semblables à notre planète...

Qu'elle était celle que j'allais aborder ?

Mars sans aucun doute puisque c'était la plus proche. Quelques milliers de mètres encore et j'aurais la solution qui bouleverserait le monde !

Quelques heures après, qui me parurent des siècles et que je vécus dans une angoisse mortelle, j'étais sur... terre ou sur Mars au milieu d'une foule grimaçante d'êtres effroyables et affreusement rouges.

Oh ! oh ! M. Flammarion, c'est l'Enfer que Mars. Les Dragons, les centaures, les serpents hideux, les chevaux ailés, tout ce monde que l'on croyait né dans le domaine de l'Imagination habite là-haut. Ah ! oui, Mars est habité.... affreusement habité !

[NOTE : La mise en page du paragraphe suivant est... chaotique (encore un coup des protes !) : il manque des passages et il y a des doublons. Si un jour une autre publication de ce texte fait surface, il pourra être corrigé. En attendant, je le laisse « en l'état ».]

Tous ces monstres me regardaient avec leurs yeux injectés de sang, mais pourtant avec une certaine crainte que pourtant avec une certaine crainte qui... Mon arrivée sur la Planète avait produit une telle impression de terreur que l'on avait dû croire là-haut à un divinité qu'ils croyaient deviner en moi. du Monde »... du leur!

Les Dragons qui règnent en maîtres dans Mars ordonnèrent des sacrifices pour conjurer le danger et apaiser la divinité qu'ils croyaient deviner en moi.

Immédiatement un brasier immense, un brasier de plusieurs kilomètres de longueur fut fait et on y précipita des milliers de créatures monstrueuses.

C'est ce feu que l'on aperçût de la Terre et que l'on prit pour des signaux des Martiens ! Ah ! ah ! on peut aller au Sahara en faire des signaux, on peut construire des réflecteurs de 42 km de diamètre, ah ! oui ! que les hommes sont donc naïfs tout de même !

Comme vous le pensez j'avais hâte de fuir ces lieux infernaux. Profitant d'un moment d'inattention de mes hôtes, j'allumais la poudre spéciale qui produit le gaz nécessaire à mon aérostat. Instantanément ce dernier que j'avais dû dégonfler pour descendre sur la planète, se regonfla. Je m'embarquais et, au milieu d'une clameur horrible poussée par plus de 100.000 bouches affreuses, je m'enrelevais !

Mon retour me permît d'étudier des phénomènes que je n'avais pu qu'observer durant l'aller.

Celui de la distance notamment. Ah ! tenez laissez-moi rire, M. Flammarion. On prétend sur terre que des millions de lieues nous séparent des astres les plus rapprochés. Quelle blague immense ! que la lumière filant 75.000 lieues à la seconde met 22 ans pour parvenir à Sirius ! Quelle aberration ! que l'on cherche, que l'on consulte mes observations et l'on verra que l'on se trompe étrangement aussi étrangement que lorsque l'on suppose que les Martiens nous font des signaux !

Adieu M. Flammarion, je conserve de mon voyage dans Mars un souvenir impérissable mais je vous le jure, je n'ai aucune envie de refaire la connaissance des monstres qui l'habitent, adieu...

C. Collomb.

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Boutel 22/04/2014 11:40

Encore une agréable petite curiosité, certes fantasque mais qui que ne peut que réjouir nos zygomatiques....Et si le mystérieux C.Collomb avait pénétré le territoire des Sarvants? Merci l'ami pour ces petits friandises conjecturales ;)

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